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Nom du blog :
menacesdamour
Description du blog :
Digressions tous azimuts d'un auteur de premier roman, légèrement manipulé par ses personnages...
Catégorie :
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18.10.2007
Dernière mise à jour :
29.06.2009

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Posté le 05/12/2007 à 12:00 par menacesdamour

A mort Madoff, vive Buffet ! ...
Bernard L. Madoff a été arrêté par le FBI le 11 décembre 2008 après avoir révélé aux autorités le caractère frauduleux de ses activités financières. Il apparait alors que 65 milliards de dollars apportés par des clients à sa société de placements n’ont jamais été investis. La manip consistait à rémunérer ces capitaux en puisant dans les fonds nouvellement déposés.
Dans son principe l’arnaque est assez banale, maintes fois utilisée. Ce qui l’est moins c’est le gigantesque processus de développement par lequel Madoff a réussi à imposer son business pendant 48 ans, commencé, dit-on, avec une mise de 5 000 dollars !
Au début il y va mollo. Pas de promesses délirantes, des rendements un peu au dessus de la moyenne tout de même. Il commence par démarcher au sein la communauté juive à laquelle il appartient. On est entre soi : « Aie confiance !" Ca marche. Ca marche de plus en plus même. Madoff à donf ! T'as tout qui monte, les clients, les sommes investies, les rendements ; jusqu’à ce que Bernie devienne un des principaux opérateurs du marché.
S’il reste extrêmement discret sur ses méthodes, l’homme, lui, se hisse sans réserve au rang des notables de Wall Street : président de l’association des sociétés de bourse, puis président du Nasdaq.
Fin des années 90 des gens s’alarment pourtant : « Quand même, toutes ces performances qui montent au ciel ?... » Mais personne n’écoute ces mécréants. Au paradis du pèse Madoff n’est-il pas devenu Dieu ? Même la SEC (Security and Exchange Commission) n’y croit pas et laisse tomber. « Va en paix ! Bernie te bénie. » Et ça continue… Jusqu’au crac de 2008. Là, tout le monde veut récupérer son pognon, tout son pognon ! Bernie alors jette l’éponge. Mais Bernie ne nie pas, que nénni. Bernie les a bernés. Tous !
Il plaide coupable ; on l'embastille.
Dans des révélations étalées à longueur d’interviews à la télé, et reprises dans un bouquin intitulé Vanity Fair Madame Eleanor Squalleri, ex secrétaire de Madoff, en a rajouté une couche. Bien qu’il ait toujours été correct professionnellement avec elle, elle a bien voulu coopérer avec le FBI dans la recherche de la vérité sur ses affaires.
Parce que Bernie protège ses complices le bougre ! Elle en est persuadée. Ah putain ! Association de malfaiteurs ? C’est sûr ça, beaucoup en ont croqué et étaient de mèche. Et il les protège façon mafia. Ah, l’enflure, le salaud ! Tu vas te mettre à table ordure ! Nous donner des noms hein ?
Mais c’est pas tout, Eleanor se doit de révéler autre chose : oui Madoff dépensait sans compter, en plus il aimait les gonzesses que s’en était gênant. Et il allait aux putes ! Sa femme en était malheureuse, vous savez… Oh non ! Là on se pousse du coude, on se met la main devant les yeux. Ah l’infâme ! L’abject individu. Pourriture, ignoble vicelard... Rien qu’à voir sa sale tronche de taulard désormais, on voit bien que c’est vrai. Ouais, bon...
Vous me direz, ça rassure cette ignominie incarnée. Malin le chien ! On peut désormais mettre un visage sur la crise financière, en avoir une image concrète, fixer sa haine sur quelqu’un… Ouais c'est ça, à mort Madoff, à mort ! hurle la populace. 150 ans de prison qu’il a droit ? C’est pas assez ! On devrait inventer la zonzon pour l’éternité avec des monstres pareils...
Bon bin, on tient le méchant. Mais où qu'il est le gentil qui va sortir la finance de cette merde ?
Et là bingo ! Mais oui, mais c’est bien sûr : Warren Buffett. Le plus riche derrière Bill Gates. Fortune évaluée à 37 milliards de dollars. Sa légende est déjà en librairie sous le titre The Snowball: Warren Buffett and the Business of Life, écrite par Alice Schroeder en septembre 2008 « Lorsque vous recrutez quelqu'un cherchez 3 qualités : l'honnêteté, l'intelligence, l'énergie. Si la première manque les deux autres vous détruiront » se plait à rappeler l’homme à qui l’on a passé la tunique de l’ange blanc. Un milliardaire honnête, dans ce cloaque de pourris ? Oui monsieur ! Un homme d’affaires, d’entreprise qui plus est, pas un spéculateur, et qui réalise du 20% l’an sans détrousser son prochain. Conseiller d’Obama et de Schwarzenegger. Généreux donateur aussi. L’anti-Madoff quoi. Une aubaine ! Avec lui Wall Street ne serait donc pas condamnée à aller dans le mur, et ça a fait la une du Newyork Times : A Back to Basics Weekend With Warren Buffett que ça titrait, rapport au grand show qu'il tenu en mai dernier devant des milliers de petits porteurs victimes de la crise. Et le Warren, 78 ans, y était en grande forme je vous le dis, secondé par son partenaire Charlie Munger, un jeune de 85 printemps.
Retour aux basics ça veut dire retour aux choses élémentaires. Le simple bon sens au détriment de l’intelligence compliquée. « T’as un QI de 150 ? Revend 30 points à quelqu’un d’autre » lance Warren en se marrant. Les victimes, dont on a dû placer les plus esquintés aux premiers rangs comme dans un théâtre aux armées en temps de guerre, esquissent un sourire malgré leurs graves blessures au portefeuille. Et Pépère qui a senti la salle se chauffer de poursuivre en fustigeant ces trucs compliqués introduits dans la finance. « Si vous avez besoin d’un ordinateur pour calculer la valeur de ce qu’on vous propose, lâchez l’affaire ! » qu’il balance. « Tous ce fatras mathématique, ces courbes, ces modèles, c’est de la blague, de l’enfumage, enseigné aux jeunes dans les écoles parce qu’il faut bien leur apprendre quéqu’chose » Là, même les gazés de la catastrophe boursière doivent franchement se gondoler. Ca leur botte au poil ce discours aux vétérans du flouz. Virez-moi tous ces trous du cul de jeunes diplômés qui ont cru pouvoir apprendre à leurs pères à faire des gosses. Y nous ont juste envoyés au casse-pipe avec leurs conneries ; faut redescendre sur terre ! Pas vrai Charlie ? Voilà le message. L’ancien se les met définitivement dans la poche en jouant les modestes : « Et les gars, croyez pas, je suis comme vous. J’me suis pas couvert de gloire en 2008. » Et pour cause, même s’il lui en reste un bon paquet, avec la crise ses actifs ont baissé de moitié à Papy Monnaie. Les petits épargnants reprennent espoir. On danse mentalement devant le Buffett, le moral revient. Ouais peut-être que comme ça nos plans de retraite ne seront pas tout à fait nazes, se disent-ils. Enfin, peut-être ? Papa Warren avec ses airs de Père Noël n’a rien apporté dans sa hotte. Mais il leur a indiqué un chemin. Certains se voient déjà regagner leur maison de retraite en Floride avec le ticket de pension à jour, d’autres retrouver la pêche au gros et le golf ? Yes we can ! que ça fait dans leurs têtes.
Enfin !...
Bien sûr que tout ce barnum hollywoodien, le bon, le mauvais, l’ange et le démon, ça paraît simpliste. Bernie à sans doute eu beaucoup de complices, nécessaires pour qu’une telle arnaque fonctionne sur une si longue durée. Les qui savaient, les qui ne voulaient pas savoir, et puis tous les autres, les petits suiveurs naïfs qui en perdant sont devenus des salauds de pauvres. De l'autre côté, pour gérer sa fortune, le Warren ne fait pas dans l'aussi simple qu'il veut bien le dire.
Pourtant la crise ramenée ainsi médiatiquement à deux acteurs mis sur le devant de la scène permet de canaliser l'opinion, pendant que d'autres quittent le théatre d'ombre par la coulisse.
C’est vrai ça : à mort Madoff, vive Buffet qu’on vous dit…

Dans sa préface d’Eugène Onéguine, Jean-Louis Bakès définit la digression comme une divagation désinvolte qui a pour effet de compromettre certain sérieux, certaine gravité, par mise à distance. Byron la condamnait comme un pêché, parait-il, ajoutant qu’il avait beaucoup péché. Ca me va bien ça moi !
MES AUTRES DIGRESSIONS :
- Ah la crise ! Mise en scène médiatique à l'américaine...
- Le Pop est marre... Andy Warhol 2ème partie
- Les "Chinese Fatties" s'exposent...
- C'est-y de l'art ou du cochon ? Andy Warhol 1ère partie
- Les "hommes de lettres" !...
- "Le sexe de Proust"...
- etc. :
http://menacesdamour.centerblog.net/rub-Digressions.html

Mon livre "Menaces d'amour" : l'histoire...
Béatrice Jansson, professeur de littérature à la Sorbonne, perd à la quarantaine son mari, patron de PME. Acceptant de lui succéder provisoirement pour maintenir la société et ses emplois, elle se retrouve aux prises avec des créanciers très spéciaux qui l'entraînent dans une partie de l'ex Yougoslavie alors en pleine guerre. A son corps défendant elle est versée dans un monde chaotique où la politique, l'armée, le crime et la finance se fondent en une inextricable folie historique. L'héroïne d'abord subit, puis s'adapte, et pour finir se venge en infiltrant à son profit l'univers des paradis fiscaux dans lesquels ses tortionnaires ont placé les bénéfices de leurs méfaits. Mais c'était sans compter avec le hasard. Béatrice bientôt va se retrouver le jouet d'enjeux politiques qui la dépassent.

Extrait : tractations à Zagreb...…
Ses pas résonnèrent malgré lui sous la voûte et cela l’agaça. Il aurait voulu survoler les marches, sans bruit. Comme après chaque dispute violente avec elle, quelque chose l’incitait à s’éclipser en silence. Ainsi poussé par une force invisible, il descendit rapidement le grand escalier de pierre jusqu’au rez-de-chaussée. En traversant la cour intérieure, Stjepan Vojvan aperçut entre les toits de grands nuages gris bousculés par le vent de nord. Il ouvrit la lourde porte cochère et le froid le saisit. Relevant le col de sa canadienne, il jeta un rapide coup d’œil à droite, puis à gauche, pour ne voir dans la rue que le relief bombé des pavés irréguliers encore brillants du givre de la nuit. En refermant le lourd battant derrière lui, il décida de laisser sa vieille limousine noire stationnée là et de descendre à pied vers la ville basse. Les mains enfoncées dans les poches, il évita soigneusement le quartier de la cathédrale ainsi que la place du grand marché.
Chemin faisant, il se demanda pourquoi la veille au soir elle lui avait tenu tête de la sorte ? Il avait dû la frapper pour la faire taire cette petite salope. C’était la première fois qu’elle lui résistait ainsi. Ca n’allait pas, ça n’allait plus entre eux.
A cette heure le funiculaire était encore fermé, aussi lui fallait-il descendre par cette ruelle bordée d’échoppes aux rideaux de fer encore tirés. Malgré la pente, ses grosses chaussures à semelles de caoutchouc adhéraient sans risque sur les pavés glissants. Arrivé sur le plat il traversa rapidement la grande rue et poursuivi vers le sud de la ville.
Sept heures sonnèrent quand enfin l’enseigne du Sexy Planet lui apparut. Il était pile à l’heure.
Stjepan pressentait que les choses n’allaient pas être faciles. Zlatko l’avait appelé, il était rentré et se planquait. Le pire était qu’il avait ramené cette femme avec lui. Ce salaud lui avait indiqué l’endroit où il pourrait retrouver la Mercedes avec le contrat de location. Et il avait ajouté comme pour le narguer : « La voiture c’est cadeau, en remerciement. » Soupçonnait-il quelque chose ? Il lui avait mis ses meilleurs flics au cul à ce connard, mais pour l’instant cela restait sans succès.
Il poussa la porte d’entrée du night club, écartant d’un coup de pied le seau et la serpillière que la femme de ménage avait laissé traîner au milieu du chemin. Une odeur aigre de bière et de tabac froid le prit à la gorge et il aperçut dans la pénombre l’apparence massive d’Ivan, le garde du corps. Sans le saluer, il lui lança en levant le menton.
― Mon frère est là ?
― Oui, monsieur Vojvan est là-haut, répondit le gorille. Stjepan franchit la porte et gravit le vieil escalier de bois mal éclairé.
Sur le pallier, la porte était entrouverte, Ivic Vojvan était assis derrière le vieux bureau qui servait d’ordinaire au gérant de la boîte. La pièce n’était pas chauffée et il avait gardé son pardessus à col de fourrure. Il se leva à la rencontre de son frère en lui ouvrant les bras. Ils s’embrassèrent et s’observèrent l’un l’autre un moment. Puis, lui désignant une chaise, Ivic invita son cadet à s’asseoir en demandant.
― Personne ne t’a remarqué en venant ici ?
― Non je suis venu à pied en évitant les grandes rues. Il n’y avait personne.
― Bien. Nous avons peu de temps, j’ai une réunion importante dans une heure. Il faut que je te parle.
Penchant sa chaise en avant, l’homme à la haute stature lâcha la nouvelle : le président venait de donner son accord pour déclencher l’opération. L’action serait lourde et devait être de courte durée...

Lire d'autres extraits :
http://menacesdamour.centerblog.net/rub-Extraits-du-livre.html

Où trouver le livre ?
Chez tous le libraires en ligne.

L'écriture n’est pas ma profession…
Jamais, jusqu'à cette expérience, je n’ai eu envie d’écrire.
Mes succès, mes échecs sont ailleurs, mais comme dit Flaubert : "Tout notaire porte en lui les débris d’un poète..."
Pourtant, dois-je l’avouer, de la réussite en littérature je ne me soucis guère. Aussi ne suis-je pressé de rien ni d’aucune sorte. « Sans hâte fébrile, sans être possédé par le démon de l’inspiration et l’urgence de la création… » comme le dit Sylvère Monod à propos de Joseph Conrad dans la préface qu’elle a écrit de la Folie Almayer.
Je ne suis pas non plus pris de « ce gris rejet du vide qui vous anéantit, vous écœure et vous donne des envies de Martinis avant midi. » dont parle Truman Capote à propos de l’indifférence des critiques.
Pourtant au moment où « Menaces d’amour » est paru le doute m’a pris. Béatrice, mon héroïne valait-elle un roman ? Et qui étais-je, moi ! pour prétendre avoir écrit ?
Un type ordinaire. Un grouillot en écriture. Un apprenti du point-virgule et du tiret, un qui découvre le Bescherelle sur le tard. Un débutant. Un touche-à-tout passé par là par hasard. Mais cela a été plus fort que moi, il a fallu que je fasse le malin, que je me lâche.
Puisque j’avais écrit pour le plaisir de raconter une histoire, ou peut-être bien pour l’extirper, il me fallait aller jusqu’au bout et mettre au monde un vrai livre…


Ils m'ont inspiré : Céline

Posté le 05/12/2007 à 12:00 par menacesdamour


Quand tu me tiens...

Comme beaucoup de gens de ma génération, because son antisémitisme, j’ai découvert Céline en dehors de l’école et sur le tard.
J’ai jamais trop voulu m’intéresser à l’homme, pas lu sa bio par exemple. Sûr que comme antisémite monsieur Destouches apparaît assez miteux. J’en reste donc à Céline, l’écrivain Et alors là, la vache !
Un étalon de la littérature celui-là. Comment qui te crache sa semoule. Attention la mitraillette ! Quand le Louis te canarde avec ses mots t’en prends plein la gueule, y a pas d’aut’ mot. Des fois même t’en implore : arrête Ferdinand ! je suis à bout, j’en oublie de respirer, stop, faut que je m’reprenne…
Ca fait quatre pages que ça dure, tu te dis qu’y va bien finir par se fatiguer pépère, qu’il a plus rien dans sa lance. Penses-tu! T’as pas encore eu droit au bouquet final. Et ça repart. Ce mec a inventé en écriture l’équivalent des effets spéciaux. Quelles cascades, les mots s’affolent, dérailllent, ça dézingue à toute birzingue, de toutes les couleurs, de toute ces belles sonorités des faubourgs de mon enfance (surtout dans Mort à crédit) Soudain, comme le gosse émerveillé que j’ai été je ne suis plus moi, je suis l'autre, je suis lui, je suis son univers. Y me désintègre le salaud. Mais ouf, vl’a la fin d’un chapitre qui s’annonce, on va pouvoir s’arposer. Tu parles Charles! Le temps d’une page blanche, t’as à peine eu le temps, toi, de te rebecqueter un peu, que le Louis, lui, il a déjà rechargé son stylo et renfourché sa plume.
Oh misère ! mon Ferdinand, si je veux pas que tu me tiennes comme ça, faut plus j’ouvre tes bouquins…

Tellement marqué, hanté par ça, je n’ai pu faire apparaître ce zigue que furtivement, au détour d’une page.


(Extraits du livre)

… Encore alanguie sur le canapé-lit, Claire battit des paupières.
― Reste encore un peu demanda t-elle.
En guise de réponse, Béatrice s’assit à côté d’elle et lui effleura le cou d’un doigt paresseux.
― Il te faudra mettre un foulard pendant quelques jours murmura t-elle en souriant. Elle passa sous silence les ombres bleues qui marquaient aussi ses fins poignets.
Claire Keller se redressa sur les coudes, dévoilant cette belle absence de poitrine piquetée de tâches de rousseur.
― Reste ! réitéra t-elle. Je voudrais te lire un truc. Sans attendre la réponse, elle fit volte-face et ramassa le livre qui gisait écartelé à l’envers sur la moquette. Elle attaqua aussitôt d’une voix un peu cassée.
― Ecoute ça : « Faut les amuser encore plus… toujours davantage… pour moi c’est pas gagné du tout… les filles se retroussent jusqu’aux oreilles… ça c’est de la vrai faridon !… Cascade, Prosper tapent des mains… Ils ravivent la bamboula… En avant les dames ! Jambes en l’air… le grand cancan de la Boum Dié ! Taraboum dié !… Puis la farandole ! … Les flics ont de quoi se divertir… Ils voient plus que des pantalons… des mottes tous poils dans les dentelles… La craquouse là qui sautille… Taraboum dié ! Juste au ras des chasses ! … Avec la fumée d’alcool… c’est brouillant, éberluant… »
― Céline : « Le Pont de Londres », n’est-ce pas ? l’interrompit Béatrice, de peur que cela ne s’éternise.
― Oui ! Je le découvre, seulement maintenant, dit Claire comme à regret. Tu aimes ?
― Quoi ? Tu veux dire ce passage précisément, l’étourdissante et dérisoire ferveur de jouir de l’instant quand l’envie d’un ailleurs te tarabuste ?
― Non, enfin je voulais dire…
― Qu’est-ce que tu voulais dire ? appuya Béatrice d’un air las. Qu’est-ce que t’y connais à tout ça ?…


Extrait : quelques crimes par ci par là...

Posté le 05/12/2007 à 12:00 par menacesdamour


… Quand le chauffeur retourna le cadavre avec le pied, elle vit nettement le grand trou noirâtre qui lui déformait la face. Elle réalisa qu’Ivan l’avait abattu d’une balle en pleine tête et un haut le cœur soudain la prit. Gênée dans ses mouvements par le sac qui lui barrait le dos, elle se pencha contre un arbre et vomit un long jet de bile. Les yeux emplis de larmes, elle cracha autant qu’elle put tout le fiel qui lui avait envahi le nez et la bouche. Faute de mieux, elle allait s’essuyer d’un revers de main, quand elle vit Ivan qui lui tendait un mouchoir. Elle se redressa pour lui faire face et s’obligea à le regarder droit dans les yeux. Aucune haine, aucune violence ne transparaissaient dans son regard. Il se tenait là devant elle, comme le gros chien de garde pataud et attentif qu’il avait toujours été avec elle. Quelque chose cependant sur son visage carré et osseux, peut-être la façon dont il faisait saillir ses maxillaires, indiquait que l’animal pouvait être un redoutable tueur. Elle en avait maintenant la preuve. Bien qu’un long frisson lui parcouru l’échine, elle trouva le courage de prendre sans un mot la pochette blanche qu’il lui présentait gentiment…

… Le jeune homme avança d’un pas encore. Victor alors leva l’arme dans sa direction.
― Eh ! Reste tranquille.
― Je te préviens Victor, tu touches à un cheveu de Béatrice et t’as affaire à moi !
L’autre pointait toujours son arme, de plus en plus menaçant.
― Oh ! T’es qui toi pour me parler comme ça, hein ?
Fontana bondit sur lui et cria, furieux.
― Aller arrête, lâche ce pistolet. Lâche ce pistolet, bordel…
Une courte lutte, presque immobile s’engagea. Fontana retourna peu à peu la main armée qui le menaçait. Zémar tenta de se dégager d’une violente secousse.
Régis, assourdi par le coup de feu qui lui claqua à quelques centimètres de l’oreille, sentit le corps de son copain s’affaisser mollement sur le plancher dans une odeur de poudre qui le prit à la gorge. Le sang qui giclait du cou et du crâne à gros bouillon forma bientôt une marre épaisse au milieu de laquelle baignait l’arme tombée à terre. Il n’eut pas le courage de la ramasser, tant le sang rouge et visqueux lui faisait horreur. Il enjamba maladroitement le corps et ouvrit la porte. La lumière éteinte, il s’enfuit dans l’ombre…

Extrait : arrivée tardive du commissaire Vallon...

Posté le 05/12/2007 à 12:00 par menacesdamour


Le parquet ancien se mit à craquer sous ses pas. Debout derrière son bureau le directeur central de la police judiciaire l’attendait.
― Mes respects monsieur le directeur, récita Léonard.
Charles Gorski, de son vrai nom Görski de Fosea Borzoï était d’une vieille famille aristocratique originaire d’Europe de l’Est. On disait que depuis Napoléon, les Gorski avait toujours dirigé quelque chose quelque part en Europe : diplomatie, finances, armée. S’en était impressionnant ! Charles, qui n’était que directeur central de la PJ n’en n’était pas moins un Gorski. Comme ses aïeux il en imposait; et Vallon n’arrivait pas à déterminer exactement pourquoi il en était ainsi sous une apparence si simple et si courtoise. Ou plutôt si ! C’était justement cette simplicité, cette courtoisie naturelle, qui par différence avec la suffisance de ses subordonnés immédiats, en imposait.
Gorski se tourna vers le sous-directeur des affaires économiques et financières de la PJ, qu’entre collègues ils appelaient le sous-dir, et qui lui était resté assis. Sa silhouette massive de lutteur semblait comme enroulée autour de sa chaise, à la manière d’un penseur de Rodin, en plus affaissé. Sans même décroiser les jambes, Georges Barnabé ― c’était son nom ― se contenta d’une brève œillade en guise de salut, sans doute pour trancher ostensiblement avec les manières du grand patron.
― Asseyez-vous Vallon, ordonna Gorski d’une voix douce.
Le bureau ouvrait sur les quais de la Seine par quatre grandes fenêtres. C’est qu’au siège de la PJ on logeait à l’ancienne. Ici grimper n’était pas bon signe. Les huiles se tenaient au premier étage dans les bureaux les plus vastes, tandis qu’en haut au contraire, les sous pentes abritaient les sans grades, ceux qui faisaient les sales boulots en attendant une éventuelle promotion ou en attendant rien, c’était selon.
Le commissaire constata que d’ici on distinguait parfaitement tout ce qui se passait à l’extérieur et il ne put s’empêcher de regarder un moment les péniches accostées sur la berge d’en face. Elles paraissaient si proches.
Le grand directeur qui s’était assit, laissa Vallon admirer la vue quelques secondes encore, puis l’interpella.
― Comment allez-vous commissaire ?
― Bien, répondit bêtement Vallon qui avait parfaitement perçu la pointe de sarcasme qu’il y avait dans la question.
― Je ne reviens pas sur vos récents résultats, souffla le directeur, c’est un désastre.
― Nos collègues des Douanes en portent pour une bonne part la responsabilité. Vous le savez parfaitement !
Barnabé avait balancé çà tout en brossant d’un geste sec le bas de son pantalon. Toujours affalé sur son siège, il avait gardé les yeux rivés au sol.
― Ca va Georges, reprit l’autre sans le regarder. N’aggravez pas la situation en défendant ce qui ne l’est pas. Il revenait au commissaire de diriger les opérations. Vous savez l’un et l’autre ce que j’en pense.
Gorski contempla quelques instants les ongles de sa main droite aux doigts tendus, puis reprit.
― Le malheur Vallon, est que nos amis des Douanes justement se sont largement répandus sur cet échec, vous accusant d’excès de prudence. Au point que cela circule maintenant au ministère. Et qui dit ministère dit ministre, évidemment ! Le moment est très mal choisi, vous vous en doutez.
Le grand patron fit pivoter son siège, le regard fuyant vers la même vue qui avait séduit le commissaire quelques instants plus tôt. Comme détaché une fraction de seconde de la réalité, il murmura de façon à peine audible.
― Tout cela est fâcheux.
Puis il se ressaisit, et se tournant vers Vallon, il ajouta d’un ton plus ferme.
― Fâcheux et terriblement agaçant. Que vais-je faire de vous maintenant ?
Le commissaire vit l’auguste menton se pointer lentement vers lui.
― Je ne sais pas Monsieur, répondit-il du mieux qu’il put.
Le haut fonctionnaire, visiblement satisfait de cette absence de réponse se détendit un peu.
― Il nous faut changer Vallon. Le citoyen est persuadé que l’insécurité menace et le ministre veut des résultats, rapides et tous azimuts. Voyez-vous, les vertus d’hier propres au fonctionnaire sont devenues des vices. La pondération, la prudence, la hantise de la bavure, tout ça c’est fini. Il va falloir désormais aller de l’avant, foncer.
Leonard faillit sourire, mais l’instant n’était pas à la rigolade. Tout de même, il n’arrivait pas à distinguer dans le discours du grand patron ce qu’il reprenait sincèrement à son compte, de ce qu’il faisait semblant de croire. Toujours profil bas, il se contenta d’acquiescer du "oui Monsieur" réglementaire.
Le grand chef sur sa lancée insista une fois encore. Le ministre entendait montrer qu’il agissait en homme d’action, entouré d’hommes d’action.
Là s’en était trop, l’œil amusé du commissaire s’alluma, un peu trop sans doute car cela déclencha les foudres du haut fonctionnaire.
― Oh ! Je sais ce que vous pensez, rugit ce dernier. Tout ça c’est du vent ! Des slogans, de la mise en scène, destinés aux médias. N’est-ce pas ?
Vallon, tous feux éteints cette fois, se garda bien de répondre, laissant le soin à Gorski de poursuivre.
― Aucun dirigeant ne peut échapper à cela. Rien ne sert de frapper l’ennemi, si vous ne frapper pas aussi l’opinion. Ca n’est pas nouveau ! Bonaparte ne s’est-il pas fait représenter franchissant le pont de Lodi à la tête de ses troupes, drapeau en main ? La réalité est qu’il est resté abrité derrière des murailles durant toute la bataille. Et alors ? En quoi cette image arrangée, modifie t-elle la vérité ? En rien. Au contraire, elle la représente avec plus de force. Sans le général Bonaparte, cette pauvre République n’aurait jamais délivré l’Italie...
Il y eut une pause, puis la voix redevenue douce conclut.
― Et bien, si notre ministre peut nous aider à être mieux compris de la population et faciliter notre combat contre le crime, nous n’allons pas nous en plaindre.
Disant cela Gorski-le-grand s’était tourné vers Barnabé qui, toujours tassé sur son séant, ne manifestait aucune réaction. Gorski n’avait pas choisi son exemple napoléonien au hasard. Vallon en était persuadé, et il se demanda ce qu’il pouvait bien signifier. Chacun connaissait la petite taille du nouveau ministre de l’intérieur, largement compensée, disait-on, par la hauteur de ses ambitions…
Léonard à ce propos, se demanda si les hommes petits pouvaient réellement faire de grands hommes ? Les hommes grands n’avaient-ils pas plus de chance de servir l’intérêt général avec plus de sérénité, plus de dévouement, du fait même qu’ils n’étaient animés d’aucun désir de revanche particulière concernant leur taille ?
Il en était là de ses divagations, quand le grand directeur se redressa soudain sur son fauteuil.
― J’en viens aux faits, dit-il. Le ministre nous confie un dossier qui relève du domaine présidentiel et je ne vois que vous Vallon, pour s’y attaquer. Je me fiche de savoir ce qui ne tourne pas rond chez vous depuis quelque temps. Parce que, je vous le dis, vous allez vous ressaisir et mettre le paquet sur cette affaire. Vous restez attaché au pôle financier de la PJ, mais pour vous permettre de vous atteler pleinement à votre nouvelle mission, je vous décharge provisoirement de vos fonctions de responsable de la section Blanchiment. Vous reporterez directement auprès de mon cabinet, sous couvert de Georges. J’en informe dès aujourd’hui tous les patrons de cette maison, en leur demandant de vous appuyer totalement dans vos démarches. Des questions Vallon ?
Sans attendre de réponse, le directeur enchaîna.
― Malgré les apparences, je sais pouvoir compter sur vous. Je laisse le soin à Georges de vous expliquer de quoi il s’agit...

Extrait : du beau, du moche dans le paysage...

Posté le 05/12/2007 à 12:00 par menacesdamour


… Béatrice pour l'heure, ne voulait s’intéresser qu’à la beauté de la mer, à ces eaux magnifiquement bleues, aux horizons parsemés d’îles rougeoyantes qui s’offraient à leurs yeux au soleil couchant. Elle comprenait cependant que Nevenka fut d’une toute autre humeur.
L’une souffrait du présent, tandis que l’autre tentait d’oublier son passé. Chacune d'elle conjuguait ainsi les choses selon l’état de leur propre histoire. Quand Béatrice faisait remarquer combien il faisait incroyablement doux, comment la vie avait l’air si paisible, Nevenka ne manquait jamais de rajouter : « N’est-ce pas ! Il est difficile d’imaginer que la guerre et la mort sévissent à quoi ? deux cents kilomètres d’ici, à peine. »

… Deux heures plus tard, ils franchirent un petit massif montagneux en haut duquel ils découvrirent sur l’autre versant l’ombre étalée d’une grande ville. Il ne donna aucune explication, elle ne fit aucun commentaire. Ils atteignirent ainsi des faubourgs aux aspects tristes et lépreux. Ca et là apparaissait la perspective de maisons torturées. Avec leurs volets de guingois, leurs façades brûlées ou tavelées de noir, elles témoignaient du malheur récent qui s’était sauvagement abattu sur les lieux. Elle évita cependant toute question.
Ils entrèrent bientôt dans la ville proprement dite. Des maisons, des immeubles présentaient là aussi les mêmes stigmates…


Extrait : l'argent...

Posté le 05/12/2007 à 12:00 par menacesdamour


… Béatrice se voyait désormais basculer du côté de ceux qui brassent l’argent sans crainte. Elle aussi, là maintenant, goûtait un peu de cette euphorie que procure l’idée de posséder beaucoup plus qu’il ne faut, sans se sentir pour autant coupable, avec la conviction d’être seulement récompensée d’avoir osé ! Ainsi dans leur toute puissance, ceux que l’on interpellait comme des bâtisseurs d’en pire, des gagneurs gagés, des entrepreneurs trop prenants, peut-être n’avaient-ils pas tort au fonds d’agir ainsi, au mépris de ceux qui au contraire n’oseraient jamais ? C’est vrai çà ! Les autres, ces moralistes mous, craintifs crasseux, glaneurs de glauque, ces timorés à tempérament, toujours à craindre, toujours à geindre, à jalouser ceux qui avaient réussi ; que faisaient-ils ceux-là pour s’en sortir ? Hein ! Pourquoi les pauvres s’imaginaient-ils toujours devoir leur malheur aux riches. Les vrais riches eux étaient persuadés de ne devoir leur fortune qu’à eux-mêmes et c’est de cela, autant que de leur argent, qu’ils tiraient leur supériorité.
" Mais parfaitement ! Je viens de gagner soixante quinze mille dollars. Soixante quinze mille dollars mes amis. Et je vous emmerde ! " Voilà à cet instant précis ce qu’elle aurait voulu lancer à la face du monde. Provoc, bien sûr ! Mais quand même…

… L’heure avançant, il se collait littéralement contre elle sous prétexte de lui confier ses derniers états d’âme. Ayant vidé son verre, l’homme un peu éméché lui proposa carrément de monter dans sa chambre. Béatrice le découragea juste ce qu’il fallait, avant d’accepter. Ils montèrent.
La porte à peine refermée, celui qui se faisait appeler Alec s’approcha d’elle pour l’embrasser. Elle se laissa faire d’abord, puis le repoussa gentiment.
― Eh ! Doucement chéri, je préférais que tu me donnes mon petit cadeau maintenant : c’est deux milles dollars. Mais je prends aussi les francs suisses...

… Béatrice s’était mis en recherche d’un cabinet conseil en opérations offshore. Ces officines qui faisaient le même métier que Trevor étaient très nombreuses sur l’île et elle n’avait eu que l’embarras du choix.
Elle avait finalement retenu le cabinet Benson et leur avait expliqué ce qu’elle recherchait. Benson possédait sur toutes les places financières offshore des Off-the-shelf-companies, sociétés déjà constituées et prêtes à l’emploi, justement destinées aux clients pressés. Le système avait par conséquent été extrêmement rapide à mettre en place et l’ouverture des comptes en banques, quasi instantanée...

… A peine arrivés aux îles Cook, Béatrice ferait valser ses millions vers les Philippines, d’où ils s’envoleraient ensuite vers Jersey. Rebondissant d’une société écran vers une autre, une fois ils changeraient de place entre deux succursales de la même banque, une autre fois ils changeraient de banque en restant sur la même place. Telle était la manœuvre que lui avait montée le cabinet Benson moyennant quatre cent mille dollars d’honoraires…

Comment mon histoire m'est-elle venue ? ...

Posté le 09/12/2007 à 12:00 par menacesdamour

" Quelquefois, comme Eve naquit d'une côte d'Adam, une femme naissait pendant mon sommeil..." écrit Marcel Proust dans Du côté de chez Swann.

Pour ce qui me concerne la chose a commencé lorsque je me trouvais,à New York. Tourbillonnant le jour parmi les millions d’habitants de cette ville, je redevenais le soir un être solitaire et déconnecté. Marqué par le curieux personnage rencontré du côté de Soho : Jack... ou Burt, je ne sais plus, un artiste de génie parti à la dérive et qui signe ses dessins Human tribal Man,; je me couchais tard. Dans ces circonstances un peu inhabituelles, lové dans un lit trop grand au 33° étage, je fis bientôt un rêve qui se répéta. Une femme en noire m’apparaissait. « Aidez-moi ! » disait-elle.

Alors que je souhaitais ardemment le faire, je ressentais dans mon rêve une douloureuse impuissance à lui venir en aide. Son discours haché, toujours le même, me parvenait par bribes : une confession qui évoquait l’argent, des voyages, des enfants, des crimes, et la police ! Elle semblait à la fois poursuivre quelqu’un et être elle-même poursuivie ; coupable et victime ?

Je passai au fil de mes songes de la bienveillance à la tendresse, puis de la tendresse à l’attirance pour cette femme que je sentais de plus en plus proche de moi, mais dont je ne n’arrivais pas à distinguer le visage. Lorsqu’il m’arrivait certaines nuits de ne pas retrouver l’inconnue dans mon sommeil ou de n’en garder aucun souvenir, je ressentais toute l’amertume d’un rendez-vous amoureux manqué.

Je me heurtais nuit après nuit à l’impossibilité de comprendre son histoire ; mais je m’armai d’autant plus de patience que je recherchais ardemment sa présence tout en redoutant qu’elle ne s’enfuit. Une nuit je me réveillai en sursaut, encore imprégné de ma relation avec Elle : je décidai alors de noter précieusement mes impressions.

Peu à peu l’obsession de cette femme me gagna au point que je me mis à la chercher. Je tentais de retrouver dans mes souvenirs celle qui aurait pu lui correspondre. Mais rien, personne qui ne ressemblât à l’impression que me laissait la Dame en noir ! Mon séjour dans la « grosse pomme » touchait à sa fin ; je devais songer à regagner Paris.

Bizarrement, de retour chez moi Elle ne m’apparut plus en rêve. J’en ressenti un terrible manque et mon obsession alors empira, au point de m’accaparer totalement. Je tentai de me raisonner : cette créature n’était qu’un songe, me disais-je. Elle n’existe pas ! Mais rien n’y fit, Elle m’habitait, Elle était en moi.

J’ai alors été assez fou pour lui donner un nom : Béatrice ; pour imaginer autour d’elle des personnages et trouver les lieux nécessaires à bâtir son histoire. C’est ainsi que naquit ce premier roman : « Menaces d’Amour »

Mais ceux d'entre vous qui liront le bouquin comprendront qu'on ne se débarrasse pas de Béatrice simplement en écrivant un roman. Elle me tient. Oserais-je dire qu'elle m'a "engrossé" d'une seconde histoire dont les personnages commencent à bouger en moi à mon réveil. Et Jack... ou Burt, je ne sais plus, l'artiste à la dérive, y serait-il pour quelquechose ?

Ils m'ont inspiré : Gustave Flaubert

Posté le 18/12/2007 à 12:00 par menacesdamour


Donner à voir…

Ouais je sais ! ça fait convenu de citer Flaubert comme auteur qui vous inspire, mais bon c’est comme ça.

C’est précisément parce qu’il était au programme de mon bac, que je me suis retrouvé à 18 ans, diplôme en poche, sans en avoir jamais lu un traitre mot. Pourtant une scolarité imbécile m’avait si bien appris à gloser sur ce que je ne connaissais pas, que je m’en étais tiré à l’oral avec les honneurs ; j’avais ainsi, on le comprendra, une dette envers Flaubert.

Dette dont je ne m’acquittai que dix ans plus tard, lorsque pour l’amour d’une femme lettrée je décidai pauvre matheux de me mettre à niveau, et donc un peu à la lecture. Et ce fût L’éducation… comme on dit.
Comment moi, qui avait eu vingt ans en 1968, n’aurais-je pas été séduit par cette chronique de la révolution de 1848 qu’est L’éducation sentimentale ? Par cette histoire totalement ancrée dans son siècle et en même temps si universelle de la jeunesse qui passe. D’un Frédéric tiraillé entre engagement et passivité, pour qui le souvenir du grand amour s’estompe en vieillissant, à l’évocation du petit bordel fréquenté entre camarades de lycée.

Oui, je l’ai été, séduit. A tel point que je relis depuis, tous les dix ans environ, ma veille édition de poche datée je crois de 1965…
J’ai lu plus tard Madame Bovary (qui m’accompagne aujourd’hui pour d’autres raisons dans l’écriture de mon second bouquin), pas trop Bouvard et Pécuchet, ni Salammbô, mais une partie de la correspondance du maître, oui ; la biographie de Maurice Nadeau aussi, et le Flaubert’s parrot de Julian Barnes « a massive lumber room of detail about the great man » comme l’annonce la 4° de couv des éditions Picador.

Quand même, c’est toujours vers L’éducation que je reviens.
Mais si je mentionne ici Flaubert, c’est surtout parce qu’il est avant tout pour moi celui qui donne à voir, à entendre, à humer même ; et que quand on se pique de raconter des histoires en « se faisant des films dans sa tête », c’est un modèle du genre. Tu piges ?

Préfaçant une édition de L’éducation sentimentale, Proust dit de lui : « Le rendu de sa vision, sans dans l’intervalle, un mot d’esprit ou un trait de sensibilité, voilà en effet ce qui importe de plus en plus à Flaubert,… »
Oui le Gustave, tu lis dix lignes et c’est déjà du home cinéma grand écran, rien que pour toi, là dans ton plumard. Et ça j’aime !

Tiens, par exemple. Premières pages de L’éducation :
« Des gens arrivaient hors d’haleine ; des barriques, des câbles, des corbeilles de linges gênaient la circulation ; des matelots ne répondaient à personne ; on se heurtait ; les colis montaient entre les deux tambours, et le tapage s’absorbait dans le bruissement de la vapeur, qui s’échappant par des plaques de tôle, enveloppait tout d’une nuée blanchâtre, tandis que la cloche, à l’avant, tintait sans discontinuer.
Enfin le navire partit, et les deux berges, peuplées de magasins, de chantiers et d’usines, filèrent comme deux larges rubans que l’on déroule. »

Re-exemple. Correspondance, Le voyage d’orient. Lettre à Louis Bouilhet, le 13 mars 1850.
« …J’ai fait à Keneh quelque chose de convenable, et qui, je l’espère, obtiendra ton approbation : nous avions mis pied à terre pour faire quelques provisions et nous marchions tranquillement dans les bazars, le nez en l’air, respirant l’odeur de santal qui circulait autour de nous, quand au détour d’une rue, voilà tout à coup que nous tombons dans le quartier des garces… les négresses avaient des robes bleu ciel, d’autres étaient en jaune, en blanc, en rouge – larges vêtements qui flottent au vent chaud. Des senteurs d’épices avec tout cela ; et sur leurs gorges découvertes de longs colliers de piastres d’or, qui font que, lorsqu’elles se remuent, ça claque comme des charrettes. Elles vous appellent avec des voix traînantes : « Cawadja, Cawadja » ;…

Ils m'ont inspiré : Albert Marquet

Posté le 19/12/2007 à 12:00 par menacesdamour
La vision d'une atmosphère…

Dans les années 1900 Albert Marquet, disciple de Matisse, a habité « sur les quais » comme on dit dans la capitale (quai de la Tournelle, puis quai des Grands-Augustins, et encore quai Saint-Michel) C’est donc comme résident, sans doute après de longs moments passés accoudés à ses fenêtres, que l’artiste a pu si merveilleusement rendre, plus que des paysages, des atmosphères de ce Paris de la Seine.
On retrouve dans la peinture de Marquet ce raccourcis entre un œil, une vision et l’expression qui en est faîte, sans à-priori de style. Ceci est fait pour me plaire bien sûr, et quand j’ai dû mettre en scène (en Seine, aussi) le commissaire Vallon dans les locaux du quai des Orfèvres, c’est Marquet qui est venu à la rescousse pour faire monter en moi des images.
Aussi ai-je imaginé dans un court passage Leonard Vallon dans une atmosphère nocturne se remémorant, comme moi, Marquet.

(Extrait du livre)

… N’y voyant plus, Vallon leva la tête en retardant pourtant le moment d’allumer sa lampe. La nuit enveloppait désormais presque totalement le bureau et le Velux un peu au dessus de sa tête n’était plus qu’un carré noir. Il pensa que Gorski devait lui, à cette heure, profiter à travers sa baie vitrée d’une toute autre vue. Il imagina les lumières des quais se reflétant sur l’eau, à la manière d’un tableau de Marquet qui représentait le Pont Neuf la nuit et dont il avait en mémoire le souvenir précis. Il se demanda si le directeur central connaissait ce tableau ? Comment pouvait-il en bas travailler face à un tel spectacle. Lui à sa place serait resté là en extase, incapable de faire quoi que ce soit, le regard irrésistiblement plongé dans cette toile vivante. Mais grâce à Dieu il n’était pas le directeur central de la PJ…

Ils m'ont inspiré : Dostoïevski

Posté le 20/12/2007 à 12:00 par menacesdamour


La fièvre du jeu…

On sait que Dostoïevski dans les années 1860 a connu personnellement le démon du jeu et qu’il y a perdu beaucoup d’argent.

Certains spécialistes le prennent en exemple, pour illustrer l’archétype du « joueur pathologique » Pour ce qui me concerne, l’homme m’intéresse moins que l’auteur, chez qui je vois à travers ce qu’il dépeint du jeu une allégorie plus large, plus profonde qu’une simple addiction.

Le jeu symbolise l’âme russe faite d’extrêmes et enveloppée de religion. Fumée, bougies, icônes : l’atmosphère du tripot n'est pas loin de celle de l’église. Grâce à Dieu, l’homme ne peut échapper au destin de ses bassesses, mais puise sa force dans le repentir et la rédemption, avant de retomber. « Je veux faire des folies bonnes gens, Dieu me le pardonnera… », s’exclame Mitia Karamazov aux heures les plus funestes de son existence.

On retrouve merveilleusement décrite dans Le joueur cette fièvre des corps et des esprits, cet aveuglement qu’engendre le jeu chez ceux qui en sont victimes.

(Extrait du Joueur)

« … De temps en temps, d’ailleurs, l’idée de calculer me venait à l’esprit. Je m’attachais à certains chiffres, à certaines chances, mais je les abandonnais bientôt et recommençais à jouer presque inconsciemment. J’étais sans doute fort distrait ; je me souviens que les croupiers corrigèrent plusieurs fois mon jeu. Je faisais des fautes grossières. Mes tempes étaient moites, mes mains tremblaient. Des polonais accoururent me proposer leurs services, mais je n’écoutais personne. La chance ne me quittait pas !… »

Dans mon bouquin, Béatrice se retrouve à la solde de gens qui blanchissent de l’argent par le truchement des casinos, selon une procédure très précise. Mais comme il s’agit pour elle de se libérer de cette maffia, elle doit conserver tous ses moyens, rester froide et calculatrice, maîtresse d’elle-même. Craignant néanmoins le démon du jeu, elle l’exorcise en se mettant en situation mentale d’exécrer le joueur justement, celui que Dostoïevski nomme aussi le misérable.

(Extrait du livre)

… D’un geste précis l’employé lançait la petite boule blanche dans un sens, le long du cylindre ; et le plateau dans l’autre. Silence total. Après quelques tours en toute liberté, la bille perdait de la vitesse et venait rebondir sur le plateau, puis son mouvement s’apaisait. Quelques hésitations encore et elle se logeait exactement là où le destin l’avait prévu. Le croupier annonçait alors le résultat et ratissait les jetons, tandis que son collègue déjà distribuait les gains. Tout ceci, cent fois vu au cinéma, prenait ici un aspect totalement envoûtant.
Mais la jeune femme quitta bientôt la chose des yeux pour s’attacher aux joueurs eux-mêmes. Ne prêtant aucune attention à ceux qui visiblement étaient là par amusement, elle se demanda s’il y avait parmi les autres de véritables misérables ? Des qui joueraient ce soir jusqu’à épuisement et ne pourraient s’empêcher de revenir demain parier leur chemise ? Des vrais, des fous, des sales joueurs, qui savent que la banque finit toujours par avoir le dessus, et qui pourtant assouvissent leur vice jusqu’au bout, pour mieux en crever. Elle aurait tant aimé en voir de près des comme ça, de ces pathétiques qui croient au ciel, et qui se bricolent ici bas leur petit paradis en forme d’enfer. Malheureusement elle n’en distingua aucun. N’existaient-ils que dans les romans ?
Remontée ainsi contre le jeu, elle s’avança enfin vers la table sous l’œil toujours amusé de Wolfrom. Elle posa sans hésiter une plaque à l’intersection des numéros sept, huit, dix et onze, et en mit deux de plus sur le rouge. « Rien ne va plus » lança le croupier.
Profitant des circonstances, Wolfrom s’était rapproché d’elle, elle sentait sa cuisse presser franchement la sienne, mais elle resta sans bouger. Les yeux fixés sur le cylindre comme un chasseur à l’affût, elle se voua tout entière au jeu. On allait voir !...

... « Faites vos jeux... Rien ne va plus » « Le onze, noir, impair et manque » Oui ! L’un de ses quatre numéros venait de sortir. Le croupier poussa lentement le chargement qui lui était destiné. Huit fois la mise plus sa mise, elle savait qu’il devait y avoir en tout quarante-huit plaques. Entassées les unes sur les autres, elles formaient deux beaux paquets. Elle veilla à ne pas marquer le moindre signe d’émotion, glissa un jeton pour le personnel, ramassa ses gains et se tourna enfin vers Wolfrom.
― Allons nous-en ! dit-elle.
L’homme afficha à la fois sa satisfaction et son étonnement.
― N’avais-je pas raison ! La chance sait reconnaître les jolies femmes, vous devriez continuer.
Béatrice ne répondit pas. L’air faussement suspicieux, il ajouta.
― Dites-moi, cette façon de tenter toujours le même carré, puis d’abandonner la table une fois gagné, ce n’est pas la première fois que vous jouez, n’est-ce pas ?
― Cela m’arrive de temps en temps, en effet, répondit-elle évasivement.
Elle mentait, c’était la première fois qu’elle mettait les pieds dans un casino. Sans jamais les avoir connus, elle avait toujours prêché son horreur des jeux de hasard…


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