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Nom du blog :
menacesdamour
Description du blog :
Littérature et digressions d'un auteur de premier roman, légèrement manipulé par ses personnages
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
18.10.2007
Dernière mise à jour :
10.10.2009

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Ils m'ont inspiré : Egon Schiele

Publié le 22/12/2007 à 12:00 par menacesdamour
Ils m'ont inspiré : Egon Schiele


« Pantomimes de la volupté » …

C’est ainsi que Wolfgang George Fischer intitule le beau livre d’art qu’il a consacré à Schiele.
Il y a dans cette apparente antinomie de l’outrance opposable au plaisir des sens, l’une des définitions les plus satisfaisantes au contraire de la beauté.
Car, si la joliesse propre et lisse se livre, la beauté, elle, complexe et contestable reste à prendre. On doit partir à sa recherche ; et de cette quête naissent les émotions qu’elle suscite. La vraie beauté ne peut être que pathétique.
« J’aime les contradictions. » disait Schiele. Et c’est vrai. Chez lui, rien de flatteur ; la pose n’est jamais gracieuse, les gestes esquissés sont équivoques, les proportions sans équilibre. Mais c’est en cela qu’il est (pour moi) le peintre de la beauté vraie, de celle qui interpelle aussi mes propres parts d’ombres et de disgrâce.

J’ai le regret de ne pas avoir su donner pleinement à certains de mes personnages un peu de cette beauté-là. Enfin, j’ai rendu hommage au maître, et me suis essayé à une timide esquisse.

(Extrait du livre)

Assise derrière une table, une toute jeune fille l’accueilli. Très menue, très blonde avec des cheveux longs et frisés, elle apparaissait dans ce décor austère avec l’exquise fraîcheur d’une poupée encore logée dans sa boite.
― Oui Madame ? fit l’enfant avec un large sourire…
― Je suis Béatrice Jansson. J’ai rendez-vous à dix heures avec le docteur Keller.
― Le docteur va vous recevoir, si vous voulez bien vous asseoir. La poupée avait dit cela avec un fort accent germanique…
… « Vous n’aurez pas longtemps à attendre », lui murmura la crevette. Béatrice en profita pour demander un verre d’eau.
Elle découvrit, en la voyant se diriger vers ce qui devait être une cuisine, que la petite avait un pied bot. Elle s’en voulu de l’avoir ainsi obligée à lui dévoiler cette affreuse claudication. Mais bien vite, la nymphette réapparu, un verre à la main ; elle ne semblait nullement gênée. Sa démarche disgracieuse, il est vrai, loin de l’enlaidir renforçait de façon troublante sa beauté juvénile…
― Quel âge avez-vous ne put s’empêcher de demander Béatrice, qui faillit la tutoyer tant elle paraissait jeune.
― Dix-sept ans, répondit la lolita qui en paraissait quatorze à peine.
Elles échangèrent quelques mots…
… La maturité de son expression et sa parfaite maîtrise du français contrastait singulièrement avec sa silhouette gracile d’enfant. Elle se tenait assise bien droite, serrée dans une mini jupe minuscule, chaussée d’escarpins « très dame » qui ne devaient pas dépasser le trente cinq. Tout en parlant, elle croisait et décroisait les jambes, offrant sans vergogne le spectacle de petites cuisses maigres, sur lesquelles Béatrice ne pouvait s’empêcher de loucher furtivement.
Un sentiment d’étrange culpabilité allait s’emparait d’elle quand elle vit la forme élancée d’une femme s’avancer


― Qu’est-ce que tu voulais dire ? appuya Béatrice d’un air las. Qu’est-ce que t’y connais à tout ça ?
Comme pour signifier qu’elle ne souhaitait pas de réponse, elle tourna le buste. Elle jeta un dernier coup d’œil à la grande pièce qui servait de living, aux étagères chargées d’ouvrages, et plus précisément encore à ce gros livre d’art sur Egon Schiele qui trônait sur le dessus d’une pile.
Son regard un instant fut attiré par une photo : la crevette. La petite assistante, elle l’aurait parié ! Elle revint bien vite sur la vue qu’offrait la terrasse. Paris s’étalait là en contrebas au soleil couchant. Elle se leva, récupéra au passage le tube de pilules qui était resté sur la table et reboucha la bouteille de whisky…

Ils m'ont inspiré : Luis Buñuel ( Belle de jour )

Publié le 22/12/2007 à 12:00 par menacesdamour
Ils m'ont inspiré : Luis Buñuel ( Belle de jour )


L’ellipse fantasmatique…

Luis Buñuel a adapté au cinéma le roman de Joseph Kessel Belle de jour en 1966.

Catherine Deneuve y interprète Séverine, petite bourgeoise en quête d’elle-même qui va se livrer occasionnellement à la prostitution.
Une femme jusqu’ici retranchée qui se jette ainsi dans le chaos du monde : voilà qui est pour me plaire. Pourtant le film ne m’a pas convaincu. Deneuve-Séverine la petite bourgeoise semble sortir de son expérience comme elle y est entrée. Rien, juste une petite tristesse. Elle reste jolie, mais faute de caractère elle n’accède pas à la beauté auquel prétend le titre du film. Jeunesse sans doute ? L’interprète n’a alors que 23 ans. Elle dira d’ailleurs qu’elle n’a mis que peu d’elle-même dans le personnage.

Enfin bref, on l’aura compris dans cette affaire, ce n’est pas l’actrice qui me retient, mais bel et bien le cinéaste. Il a su admirablement par la forme traiter le fond, qui tourne moins autour du bien et du mal (en 1967 peut-être ?) que du fantasme, comme élément de personnalité qui nous fait osciller sans cesse entre l’imaginaire et le réel. Et là, avec celui que j’appelle « le client à la mouche » Buñuel a fait un truc formidable qui m’est revenu en mémoire au moment d’écrire certaine scènes de mon bouquin avec Béatrice.

Séverine dans ses rencontres tarifées doit affronter un client asiatique, aussi balèze qu’énigmatique, genre sumo, et qui se pointe avec une boite contenant une mouche…

Et là ! fondu au noir, et basta ! A toi spectateur-mateur de deviner ce que ce mec peut bien demander comme « spécialité » à la petite chèvre ? Peu de gens ont été capables de trouver… Et pour cause, à la question : « Mais que font-ils donc avec cette mouche ? » Buñuel lui-même répondait : « Je n’en n’ai aucune idée… »

Fortiche, non ?


Extrait : amour, à mort...

Publié le 22/12/2007 à 12:00 par menacesdamour
Extrait : amour, à mort...


… La voiture pénètre bientôt dans l’ombre touffue du bois. Les premiers arbres passés, l’étudiant arrête la Mercedes sur le bas côté, il coupe les phares, le moteur. Il fait nuit noir, pas un bruit, personne. Les deux garçons descendent pisser à la lueur des lanternes de l’auto restées allumées. Sans les voir, elle les entend plaisanter en éructant. Les revoilà, ils reviennent, la chemise sortie, la braguette encore ouverte. Les deux portières s’ouvrent quasiment en même temps, le froid s’engouffre dans l’habitacle, et sous la lumière du plafonnier, elle distingue les traces embuées de leurs haleines encore chargées d’alcool.
Cardelle interpelle soudain son pote en hochant la tête : « Eh Manu ! Elle te dit pas ma copine ? » Béatrice n’a d’autre défense que de fermer les yeux…

… Avec Philippe justement Béatrice avait du mal à cerner son histoire. Qu’avait-elle partagé avec lui, que restait-il de leur union ? Charmant, attentionné, il y avait toujours eu chez lui comme une sorte d’incapacité à la moindre violence qui en faisait un homme gentil, mais sans passion. C’était pourtant cette tranquillité là qui l’avait attirée vers lui. Il n’était guère porté sur le sexe et elle lui en avait été reconnaissante. Ils avaient ainsi vécu ensemble, confortablement, une vie sans risque, sans excès de désir ni de déception, ce qui lui avait permis à elle de se lover dans sa coquille sans jamais avoir à lui fermer la porte de son intimité…

… Le soir venu, elles rentraient fourbues de leurs séances d’entraînement. Après la douche, elles contemplaient leurs corps enfin au repos, lisses et durs comme le marbre et il leur arrivait souvent de reprendre leurs joutes sur le sofa. Béatrice prenait en général le dessus. Bientôt assise sur sa partenaire allongée, elle l’immobilisait en disant : « Dis-moi que je te fais mal » Tandis qu’elle n’obtenait qu’un non saccadé et rieur, elle insistait, en serrant plus fort : « Dis-moi que je te fais mal, allez demande pardon. » Quand un début de larmes venait brouiller la vue de la fille inerte, quand un ultime râle réclamait sa clémence, à ce moment là seulement, avec jouissance elle lâchait prise…

… Fendue, rejetant en arrière sa magnifique crinière noire d’un coup de rein rageur, la fille se montra particulièrement ardente dans ses ultimes va-et-vient. Et quand la drôlesse, échevelée, fumante, simula l’anéantissement final, rendant l’âme dans un soupir tout à fait convaincant, l’assistance applaudit à tout rompre. Les billets tombèrent, Andro les ramassa et les tendit à l’artiste.
Totalement électrisée, Béatrice s’agitait sur sa chaise, encore sous le coup de l’atroce exercice auquel elle venait d’assister. Cela dépassait en intensité les intimes plaisirs auxquels elle s’adonnait sous l’effet de ce qu’elle appelait pudiquement ses vitamines. La chose prenait là une dimension d’elle insoupçonnée, collective et vengeresse. Car tandis que la petite singeait l’amour, elle avait vu le regard des hommes, vu comment ils étaient là, à ses pieds, bavant ! Et quelque chose de fort, jusqu’ici inconnu, l’avait traversée de la plante des pieds jusqu’à la racine des cheveux.
Elle admirait celle qui sans retenue avait fait face, mettant tous ces machos sous sa coupe. Ah, de quels perfides et formidables artifices elle avait su user ! Lumière et lucre, torture brutale et dosée, désirs inassouvis, convergence des concupiscences, stupide turpitude d’hommes terrassés là par un sexe en creux brandi comme une arme. Ce théâtre de la petite mort annoncée la laissait haletante…


Ecrire ! moi ?

Publié le 04/01/2008 à 12:00 par menacesdamour


Dostoïevski annonce ainsi dans Les Frères Karamazov : « dans les rêves,… l’homme a parfois des visions si belles, des scènes de la vie réelle si compliquées, il traverse une telle succession d’événements aux péripéties inattendues, depuis les manifestations les plus hautes jusqu’aux moindres bagatelles, que je te le jure Léon Tolstoï lui-même ne parviendrait pas à imaginer. Cependant ces rêves viennent non à des écrivains, mais à des gens ordinaires… »

Et bien je fais partie de ces gens ordinaires à qui viennent les rêves, et qui s’en délivrent en racontant des histoires.

Car à l’expérience je ne crois pas qu'on commence à écrire simplement par envie (elle n’est jamais assez forte), encore moins par projet (on est alors trop centré sur le désir de réussir). L’écriture relève bien d’une nécessité de raconter, d’un réel besoin. Mais d'un besoin de quoi ?

« Ecrire ne sert à rien, mais c’est peut-être la seule façon de trouver une illusion aux choses de la vie. » dit l’un (Javier Cercas) « Ecrire, c’est le bonheur de tourner le dos à la société » dit l’autre (Jacques-Pierre Amette) Mouais !... Je ne me retrouve pas trop dans cette écriture d’évitement, de retrait du monde. « Le talent se développe dans la retraite, le caractère se forme dans le tumulte du monde. » dit Goethe ; je suis attaché aux écritures qui se sont frottées justement à ce tumulte-là, à la vraie vie. Celle, sucrée, dans laquelle on a mordu à belles dents ; comme celle, amère, qui nous a fait mordre la poussière. L'écriture est une façon de prolonger cela, et d'en livrer une vision plus vraie encore par le truchement de la fiction.

Mais bien entendu que l’écriture m’est aussi un exutoire ! Retranché derrière l’imaginaire, je peux forcer le trait. Par orgueil j’y sublime mes défaites et piétine mes victoires, je porte à la lumière mes parts d’ombre pour mieux les évacuer.

Disons-le, le fait d'écrire ne m'a jamais vraiment bluffé. Pour moi, écrire est sans « objet » au sens propre du terme. Comme on dit, le mot n’est pas la chose. Sartre dans Qu'est-ce que la littérature ? se gausse des « élégants » qui veulent à toute fin « parler littérature » avec l'argot de la peinture par exemple ; et ceux qui disent « ciseler leur écriture » me font sourire, je les soupçonne d’être en manque de reconnaissance. Il n’est qu’à observer le plus modeste des graveurs pour comprendre ce que ciselure précisément veut dire : adresse, dextérité, primauté de la main sur l’intelligence après un long apprentissage, transcendance de la matière. Il y a quelque chose de cet ordre chez l’artiste, qu'il n'y a pas tout à fait chez l'écrivain, parce qu’il lui manque justement le contact avec la matière.

Pourtant l’écriture procure ses joies ; elle devient magique quand elle donne à voir. Mais, comme je l'ai dit plus haut, peut-être faut-il pour donner à voir, soi-même avoir vu, observé, vécu quoi ! Je ne crois guère, ou alors je les plains, ceux qui disent : "En dehors d'écrire j'sais rien faire." C'est comme se vanter de ne pas savoir planter un clou. Ah bon ? Et pour pisser, t'arrives quand même à te la tenir. Eh ducon ! Tu le crois pas ça... L'écriture est une délivrance, pas un enfermement...

Ainsi l'imagination seule, l'écriture seule est rarement féconde. Paul Auster a su merveilleusement jouer de cette relation entre le réel et l’écrit, entre la chose et le mot. Ainsi par exemple dans The New York Trilogy assiste t-on à l’évolution de Fanshawe l’écrivain dont l’acuité visuelle et le sens des mots se fondent peu à peu en un geste unique. « By now Fanshawe’s eye has become incredibly sharp, and one senses a new availability of words inside him, as though the distance between seeing and writing had been narrowed, the two acts now almost identical, part of a single, unbroken gesture.”
Acuité visuelle et sens des mots, s'il y a un auteur français qui les possède à mes yeux, c'est bien Kessel, ici par exemple pour l'art du portrait :

"... Il s'appelait Félix Baïssou... Sa vulgarité était effroyable. Je n'ai jamais rien vu d'aussi abjecte que la bonhomie gluante de son sourire."

"... La vivacité des traits et des mouvements semblaient ceux d'une très jeune femme. Mais il y avait dans la plénitude un peu molle de la chair un aspect de pulpe arrivée à son épanouissement, ..."

(Extraits de La passente du Sans-Souci)

Ecris et sois toi-même ? …

Publié le 03/03/2008 à 12:00 par menacesdamour
Ecris et sois toi-même ? …
(Dessin de Jochen Gerner, membre de l'OuLipo)

A propos d’inspiration, j'ai lu un jour dans Télérama l’interview de quelqu’un de sympathique dont le discours m'a laissé perplexe. Homme d’expérience, acquise à la fois comme écrivain et éditeur, il conseillait aux débutants : « Tu veux être oulipien ? Tu veux être lyrique ? Faire de l’écriture blanche ou du roman historique ? OK, mais fais-le à fonds. Sois toi-même. »

J’aimais bien ce ton, genre je-me-donne-à fonds, qui n’était pas sans me rappeler celui dont j’avais moi-même usé durant mes trente ans de business passés à côtoyer les gens de la pub. Mais, je ne comprenais pas tout à fait ce que signifiait « Sois toi-même ». Je veux dire sur le plan littéraire.
Le détail du discours me troubla plus encore : « Le danger c’est de se laisser bouffer par le texte des autres. Ils impriment des choses en moi, parfois je me sens perclus de modèles, d’audaces qui me font perdre le nord, me gâchent mon propre univers… » affirmait l’éditeur écrivain. Malaise Blaise ! que je respecte, mais que je ne partage pas.

Je n’ai jamais mieux appris que lorsqu’il s’est agit pour moi de transmettre un savoir, de même je ne me suis jamais autant imprégné de mes lectures et plus généralement de tout ce que je voie et entend d’artistiquement exprimé que depuis que je me suis mis à écrire. Tout jeunot en écriture malgré les soixante balais qui se pointent à l’horizon, je me fais la bite comme on dit et j’accomplis mon tour des Arts, comme le compagnon son tour de France. Je me laisse influencer par plus audacieux que moi, m’imprégnant de tout, de ce qu’il y a de petit comme de grand, avec la modestie retrouvée d’une éponge. A partir de mes lectures, tantôt je tire un machin dans le prolongement duquel je me mets à écrire, tantôt je corrige la forme de ce que j’ai déjà rédigé. De sorte que je n’ai pas une idée très claire, ni de ce qui m’appartient, ni de qui je suis en écriture.

Etre moi-même est n’être qu’une combinaison singulière et originale de choses qui me viennent aussi et surtout des autres. L’art ne relève pas seulement de la gestion de projets individuels et indépendants. Comme méta système, il a sa vie propre et sa part d’imprévisibles rebondissements collectifs. La création n’est que copinages, inimitiés et recopiages à valeur ajoutée plus ou moins instinctifs.

Dans ce sens les œuvres comptent peut-être moins que ce qui les relient entre elles ? Ce que la sociologue Irène Théry nomme les trois fonctions Je-Tu-Il de l'être socialisé s'applique à l'écriture, et ce, dans une diversité infinie de liaisons en réseaux complexes à la fois de transmission et de création. Car ceux qui créent, comme ceux qui transmettent ou tout simplement ceux qui reçoivent, sont aussi des passeurs. On appellerait ça la culture. Ainsi l'écriture, comme l'art en général, est indissociable de la culture dans laquelle elle s'insère. Les grandes pannes culturelles de l'histoire apparaissent lorsque l'on décrète "l'art nouveau", la rupture créative totale, en dehors de toutes racines.

Alors vouloir n'être que soi-même là-dedans n'a pas grand sens, ni je dirais grand intérêt. Je ne me sens jamais autant moi-même que lorsque je me mêle à la foule, et m'y fonds.

Mais qu'on ne se méprenne pas, je m'y fonds tout en étant moi-même, hein, clair ! Je ne me sens nullement cette "simple particule d'un grand tout" à la Tolstoï. Le temps de l'art idéologique a fait son temps. L'écrivain, l'artiste au service de la seule cause commune, non merci !


Extrait : le financier...

Publié le 26/09/2008 à 12:00 par menacesdamour
Extrait : le financier...
(Extrait du livre)
Andro Epikivik était d’une certaine manière un homme appréciable. Corps rond, visage rond, lunettes rondes, il avait toutes les apparences de la rondeur. Mais, méfiance ! En réalité quelqu’un de carré, au caractère anguleux… Fils d’instituteur, il avait fait de brillantes études du temps de Tito et s’était vite retrouvé parmi les cadres dirigeants de la banque d’état. A la chute du régime communiste il s’était fait démocratiquement élire, en même temps qu’il se convertissait aux techniques du capitalisme libéral.
Du nouveau système il avait surtout retenu l’idée selon laquelle l’argent est à la fois la forme initiale et la forme ultime de la matière, de sorte que pour faire des affaires il était inutile de vouloir s’intéresser à autre chose qu'à la finance.
Mieux encore, qu’il existait au cœur de l’argent certaines manipulations, qui grâce à des formules complexes, permettaient à la manière des alchimistes anciens de fabriquer de l’or. Oui, vraiment ! De fabriquer de l’or. De l’or moderne bien sûr, de la hot money, virtuelle, numérisée en jeux d’écritures, que l’on pouvait propulser à travers le globe aussi vite que l’éclair, grâce aux télécoms. Très rapidement, Andro était donc devenu un financier international, un vrai et le monde désormais était sensé lui appartenir…
Béatrice avait su créer les occasions de l’écouter. Par petites touches elle avait aussi fait preuve de quelques capacités, tout en montrant qu’elle n’était pas insensible à l’argent. Mais surtout, elle s’était montrée dévouée, discrète et loyale envers lui, gagnant ainsi peu à peu sa confiance.

Picasso ! révolutionnèère...

Publié le 14/12/2008 à 12:00 par menacesdamour
Picasso ! révolutionnèère...

Picasso a incarné la modernité absolue a t-on pu lire dans l’Express. Comme Citroën. Moderne, vous vous souvenez ? La pub avec les deux chinois : "Revolutionnèère !" http://www.youtube.com/watch?v=fOn4digOIvM

N’empêche, je sais pas vous, mais pour moi Picasso n’est jamais aussi attachant que dans ses premières toiles, avant de faire "moderne" justement. Parce qu’après ça se cérébralise, ça s'enfle, enfin bref ça se gâte…
Et c’est tout le mérite de l’exposition du Grand Palais que de m’en avoir offert la saisissante démonstration en confrontant les œuvres du peintre avec celles des maîtres qui l’ont inspiré.
Comme par exemple dans cette mise en perspective de « L’Infante Marie Marguerite » peinte par Vélazques vers 1653 face au même sujet interprété par Picasso en 1957. La comparaison est saisissante. A la différence de son maître, the Genius, débordant de talent sans doute, montre et se montre plus qu’il ne nous donne à partager tant tout est dit, tant tout s’impose à nous, pauvres pommes. Y a pas grand place pour l'interprétation de celui qui reçoit vu que c'est déjà tout interprété.
Le thème même du tableau, l'Infante, s’efface derrière l’artiste en un incroyable nombrilisme, à coup de grands effets de formes, de couleurs et de symboles. Certes on est scotché par tant de modernité. Mais sans grande émotion.
Superbe expo qui donne en creux finalement la part belle à ceux qui étaient sensés jouer les seconds rôles ; et qui débute d'ailleurs par cette citation du peintre lui-même : " L'art des Grecs, des Egyptiens et des grands peintres qui ont vécu à d'autres époques n'est pas un art du passé ; peut-être est-il plus vivant aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été." Lucide le Pablo.

Le couteau suisse !

Publié le 27/12/2008 à 12:00 par menacesdamour
Le couteau suisse !

Le journaliste Ryan Kim, qui tient la rubrique Technologie du San Francisco Chronicle, avait il y a quelque temps écrit ceci : "The Cell phone with its camera, music player and Web browmser is the modern days swiss army knife."
Convenons-en, avec une certaine nostalgie tout de même. Car qui n'a pas goûté au délice de tailler dans un vrai morceau de pain avec le dit couteau un matin de pêche à la ligne, n'a gouté à rien.

Plus triste encore serait mon père d'apprendre cette fâcheuse réalité. Il me racontait que dans les bals de campagne du siècle précédent, lorsqu'une jeune fille demandait à son cavalier : "Mais qu'est-ce que je sens de si dur à travers ton pantalon ?" le garçon répondait rassurant : "Oh, ce n'est rien chérie, juste le manche de mon couteau" Impossible avec le mobile.

De même l'amateur, qui hiers se pointait au moins avec sa bite et son couteau, ne vient-il plus désormais qu'avec son seul portable. Navrant !

Mais le pire, et la preuve de la totale inutilité de cet erzats post moderne du couteau suisse, c'est qu'il ne comporte même pas de tire-bouchon...

Ah, le con !

Publié le 06/01/2009 à 12:00 par menacesdamour
Ah, le con !

En cette période de crise où il a fait bon rester à l’abri de ses semblables, je me suis rendu compte que par excès d’usage nous avions perdu le sens du mot con.
Ainsi, nomme t-on très facilement celui qui déconne quand on ne sait plus désigner celui qui, au contraire enconne.
Sommes-nous donc à ce point si pressés d’en sortir que nous ayons renoncé à nous décrire y entrant ?
C’est vrai ça, pourquoi cette occultation moderne du va au seul profit du vient ?
Et bien tout simplement parce que le con est sans issue ! Et que la con-quête, la con-naissance, enfin toutes ces formes de con-neries, -et donc de pénétrations-, conduisent par essence à une impasse dont la sagesse nous commande de sortir, tout comme elle nous commande d'éviter cette foire passée à la bouffe grossière et aux faux cadeaux de fin d'année qui ne sont que con-sommations.
Ainsi au contraire, celui qui déconne est sage. Il voit sans complexe dans la déconnade l'art de prendre du recul, de la distance, là où le con-quérant ne voit que débandade et ramolissement.
C'est pour ça que les rois recouraient au subterfuge du fou.
Tandis que le Roi Lear dans sa folie délire,
Le bouffon par sagesse, lui, déconne.
Sans se renier les deux cohabitaient, permettant au va-et-vient masculin de s'accomplir. C'était pas con !
Mais me direz-vous tout cela était affaire de mecs. Quel était donc le rôle attribué à la femme dans cette heureuse combinaison ?
Aucun. Car pendant très longtemps la rondeur cyclique d’icelle est apparue techniquement inutile. Voyez comment l’oiseau bat de l’aile et le poisson ondule, voyez comment le cheval et l’homme marchent. Tout mouvement n’est que saccades ; la roue n’est rien sans énergie.
Cela a changé heureusement à partir de 1430 avec l’apparition de la manivelle, qui par extension est devenue bielle.
La technique permet alors d'accoupler le mâle mouvement de haut en bas, puis de bas en haut, avec la féminine rotation.
Mais voilà qu'avec hélices, turbines, centrifugeuses, vis sans fin, tourniquets et autres ustensiles giratoires la mécanique purement rotative a démontré depuis ses incontestables avantages comparée au brutal pilonnage.
A ce point, que de nos jours la femme moderne n'envisage même plus l'antique et fastidieux mouvement d'enconnage et de déconnage pour tater du plaisir. C'est dire !
Qu'en est-il alors de la préservation de l’espèce ? me direz-vous. Et bien, elle aussi semble promise à des manœuvres de laboratoire purement rotatives, excluant tout recours au bon vieux piston.

Mais non, j'déconne !

"Le Sexe de Proust" 3ème partie.

Publié le 08/04/2009 à 12:00 par menacesdamour

1919, Proust reçoit le prix Goncourt et est décoré de la légion d’honneur. 1922, il achève sa besogne avant de mourir d’une bronchite.
Ecrire l’essentiel d’une œuvre si introvertie, sociologiquement si étroite, au moment même où le monde bascule dans l’horreur de la première guerre mondiale. Fallait le faire ! On l’imagine respirant avec peine dans sa chambrette aux volets clos, virevoltant en songe entre salons cossus et backrooms d’un autre temps, pendant qu’au dehors cette classe dirigeante cupide et imbécile, si bien décrite par lui dans ses petites parties de branlettes, envoie au casse-pipe des millions de braves gens. Peu importe ceux-là qu’ils aient été hétéros, sodomites, homos, invertis, ou hommes-femmes ; tous ont été jetés dans la plus effroyable des boucheries.
Proust, on le sait, a été définitivement réformé en 1915. Néanmoins se peut-il qu’il ne s’aperçoive pas en quoi Zola et la balistique ont rattrapé la société dans laquelle il vit ? Sait-il que le bal des trous de balle est terminé, désormais remplacé par les trous des balles, des vrais trous en pleines têtes, en pleines poitrines ceux-là. Sait-il que les masques sont à gaz désormais parce que dans les tranchées on ne se brûle pas les ailes à cause du sexe, mais les poumons au gaz moutarde ?
Sans doute sait-il tout cela ; en théorie du moins ! Car, même si l’auteur radieux vit enfermé, il s’informe, comme l’atteste le postscriptum de l’une de ses lettres écrites en 1915 à Georges de Lauris : « Si vous avez des “tuyaux” sur la guerre, vous seriez bien gentil de me les écrire en une ligne. Je vis si seul que je ne sais rien. » Il lit aussi, la presse beaucoup, et se documente auprès de « sommités » stratégiques pour alimenter ses écrits. (On peut lire à ce sujet le long article écrit par le Centre Proust de l’Université de Paris-3)
Mais l’homme obscur, lui, que sait-il de ses semblables au combat, de ces humains face à l’inhumanité des tranchées ? Ce qu’il en entend dire peut-être, au hasard des petites séances organisées à Paris rue de l’Arcade avec des permissionnaires ? (un rapport de police daté du 12 janvier 1918 atteste de sa présence.)
Voilà sans doute en quoi La Recherche ne me touche guère, avec son atmosphère de bonbonnière et ses parfums de tisane, réduite au souci d’une intimité édulcorée devenue du même coup douteuse ?
Pardon à Stéphane Zagdanski de l’avoir raillé plus haut, j’ai adoré son livre. Mais bon, on comprendra pourquoi malgré tous ces ronds de jambes et acrobaties de plume, j’étouffe dans l’univers littéraire de Marcel, trop uniquement introspectif. Comme sa piaule, l’œuvre derrière ses tentures stylistiques sent terriblement le renfermé. Tous ces petits marquis peine-à-jouir qui s’agitent comme des marionnettes tout au long des livres ne forment finalement qu’une micro société sans grand intérêt.
Pourtant ce long fleuve qu’est La Recherche traite de l’âme humaine, et la littérature n’est-elle pas la science de l’âme humaine comme l’exprimait Flaubert ? Sans doute.
Et puis il y a le style. Ah ! Le style monsieur…