Extrait : arrivée tardive du commissaire Vallon...
Posté le 05.12.2007 par menacesdamour

… toujours aussi brillamment noté, il avait choisi à la sortie de l’école d’intégrer le pôle financier. Bien ! Mais tout de même, quelle drôle d’idée ! Pourquoi diable la police ? Combien de fois n’avait-il pas entendu cette question. Il répondait qu’il ne savait pas. Peut-être était-ce parce que dans ce métier on ne se faisait aucune illusion, ni sur soi, ni sur son avenir, ni sur celui des autres et que cela lui convenait finalement mieux qu’une quête constante de la réussite à tout crin. Enfin çà s’était fait comme ça. Il ne regrettait rien, même si son père lui avait longtemps dit : « j’te comprends pas Léonard. » Mais bon, lui non plus ne se comprenait pas toujours…
…
― Entrez Vallon !
Le parquet ancien se mit à craquer sous ses pas. Debout derrière son bureau le directeur central de la police judiciaire l’attendait…
― Asseyez-vous Vallon, ordonna Gorski d’une voix douce.
Le bureau ouvrait sur les quais de la Seine par quatre grandes fenêtres. C’est qu’au siège de la PJ on logeait à l’ancienne. Ici grimper n’était pas bon signe. Les huiles se tenaient au premier étage dans les bureaux les plus vastes, tandis qu’en haut au contraire, les sous-pentes abritaient les sans grades, ceux qui faisaient les sales boulots en attendant une éventuelle promotion ou en attendant rien, c’était selon…
― Comment allez-vous commissaire ?
― Bien, répondit bêtement Vallon qui avait parfaitement perçu la pointe de sarcasme qu’il y avait dans la question.
― Je ne reviens pas sur vos récents résultats, souffla le directeur, c’est un désastre…
… il ajouta d’un ton plus ferme.
― Fâcheux et terriblement agaçant. Que vais-je faire de vous maintenant ?
Vallon vit l’auguste menton se pointer lentement vers lui.
― Je ne sais pas Monsieur, répondit-il du mieux qu’il put…
Le haut fonctionnaire, visiblement satisfait de cette absence de réponse se détendit un peu.
― Il nous faut changer Vallon. Le citoyen est persuadé que l’insécurité menace et le ministre veut des résultats, rapides et tous azimuts. Voyez-vous, les vertus d’hier sont devenues des vices. La pondération, la prudence, la hantise de la bavure, tout ça c’est fini. Il va falloir désormais aller de l’avant, foncer.
Leonard faillit sourire, mais l’instant n’était pas à la rigolade...
… au café, les perspectives s’étaient assombries. Elle l’avait averti : elle ne voulait pas rester toute seule dans cette grande maison, il fallait la vendre, au plus vite. Le vent avait viré au froid, gelant du même coup les belles apparences d’entente cordiale. La complexe machinerie des désespoirs et des rancœurs mutuelles s’était de nouveau mise en marche, dressant entre eux un mur d’incompréhension, intact comme au lendemain de leur séparation. Les visages s’étaient alors tordus et au bord de la colère, des larmes étaient apparues. N’y tenant plus Léonard s’était levé et avait quitté la table. Son déjeuner avec Nadine avait été un fiasco…
… Les deux mains enfoncées dans les poches, Léonard Vallon traversa le Pont Neuf. Plongeant droit vers la rue Dauphine, il se demanda quel démon le poussait toujours à agir contre les choses quand il suffisait de se laisser porter par elles. Il admirait ceux qui comme Caplan, ou mieux encore comme Gorski, savaient prendre le vent et girouetter à bon escient. Mais lui non ! Son rapport sur les organisations criminelles yougoslaves en était la preuve, dès qu’il fallait manœuvrer, il n’était plus à la hauteur…
… Pour accrocher les médias l’attachée de presse réclamait des faits, un scoop, pas un rapport technique ennuyeux. Et Vallon de lui même en avait tiré la conclusion : quand seul l’accessoire importait il avait commis l’erreur de s’attacher à l’essentiel. Mauvaise pioche !
«… Rassurez-vous, tout se passera très bien. C’est en fait le commissaire Vallon qui va vous interroger. »
Un commissaire ! pensa Béatrice...
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