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Nom du blog :
menacesdamour
Description du blog :
Littérature et digressions d'un auteur de premier roman, légèrement manipulé par ses personnages
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
18.10.2007
Dernière mise à jour :
10.10.2009

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Ils m'ont inspiré : Dostoïevski

Ils m'ont inspiré : Dostoïevski

Publié le 20/12/2007 à 12:00 par menacesdamour
Ils m'ont inspiré : Dostoïevski


La fièvre du jeu…

On sait que Dostoïevski dans les années 1860 a connu personnellement le démon du jeu et qu’il y a perdu beaucoup d’argent.

Certains spécialistes le prennent en exemple, pour illustrer l’archétype du « joueur pathologique » Pour ce qui me concerne, l’homme m’intéresse moins que l’auteur, chez qui je vois à travers ce qu’il dépeint du jeu une allégorie plus large, plus profonde qu’une simple addiction.

Le jeu symbolise l’âme russe faite d’extrêmes et enveloppée de religion. Fumée, bougies, icônes : l’atmosphère du tripot n'est pas loin de celle de l’église. Grâce à Dieu, l’homme ne peut échapper au destin de ses bassesses, mais puise sa force dans le repentir et la rédemption, avant de retomber. « Je veux faire des folies bonnes gens, Dieu me le pardonnera… », s’exclame Mitia Karamazov aux heures les plus funestes de son existence.

On retrouve merveilleusement décrite dans Le joueur cette fièvre des corps et des esprits, cet aveuglement qu’engendre le jeu chez ceux qui en sont victimes.

(Extrait du Joueur)

« … De temps en temps, d’ailleurs, l’idée de calculer me venait à l’esprit. Je m’attachais à certains chiffres, à certaines chances, mais je les abandonnais bientôt et recommençais à jouer presque inconsciemment. J’étais sans doute fort distrait ; je me souviens que les croupiers corrigèrent plusieurs fois mon jeu. Je faisais des fautes grossières. Mes tempes étaient moites, mes mains tremblaient. Des polonais accoururent me proposer leurs services, mais je n’écoutais personne. La chance ne me quittait pas !… »

Dans mon bouquin, Béatrice se retrouve à la solde de gens qui blanchissent de l’argent par le truchement des casinos, selon une procédure très précise. Mais comme il s’agit pour elle de se libérer de cette maffia, elle doit conserver tous ses moyens, rester froide et calculatrice, maîtresse d’elle-même. Craignant néanmoins le démon du jeu, elle l’exorcise en se mettant en situation mentale d’exécrer le joueur justement, celui que Dostoïevski nomme aussi le misérable.

(Extrait du livre)

… D’un geste précis l’employé lançait la petite boule blanche dans un sens, le long du cylindre ; et le plateau dans l’autre. Silence total. Après quelques tours en toute liberté, la bille perdait de la vitesse et venait rebondir sur le plateau, puis son mouvement s’apaisait. Quelques hésitations encore et elle se logeait exactement là où le destin l’avait prévu. Le croupier annonçait alors le résultat et ratissait les jetons, tandis que son collègue déjà distribuait les gains. Tout ceci, cent fois vu au cinéma, prenait ici un aspect totalement envoûtant.
Mais la jeune femme quitta bientôt la chose des yeux pour s’attacher aux joueurs eux-mêmes. Ne prêtant aucune attention à ceux qui visiblement étaient là par amusement, elle se demanda s’il y avait parmi les autres de véritables misérables ? Des qui joueraient ce soir jusqu’à épuisement et ne pourraient s’empêcher de revenir demain parier leur chemise ? Des vrais, des fous, des sales joueurs, qui savent que la banque finit toujours par avoir le dessus, et qui pourtant assouvissent leur vice jusqu’au bout, pour mieux en crever. Elle aurait tant aimé en voir de près des comme ça, de ces pathétiques qui croient au ciel, et qui se bricolent ici bas leur petit paradis en forme d’enfer. Malheureusement elle n’en distingua aucun. N’existaient-ils que dans les romans ?
Remontée ainsi contre le jeu, elle s’avança enfin vers la table sous l’œil toujours amusé de Wolfrom. Elle posa sans hésiter une plaque à l’intersection des numéros sept, huit, dix et onze, et en mit deux de plus sur le rouge. « Rien ne va plus » lança le croupier.
Profitant des circonstances, Wolfrom s’était rapproché d’elle, elle sentait sa cuisse presser franchement la sienne, mais elle resta sans bouger. Les yeux fixés sur le cylindre comme un chasseur à l’affût, elle se voua tout entière au jeu. On allait voir !...

... « Faites vos jeux... Rien ne va plus » « Le onze, noir, impair et manque » Oui ! L’un de ses quatre numéros venait de sortir. Le croupier poussa lentement le chargement qui lui était destiné. Huit fois la mise plus sa mise, elle savait qu’il devait y avoir en tout quarante-huit plaques. Entassées les unes sur les autres, elles formaient deux beaux paquets. Elle veilla à ne pas marquer le moindre signe d’émotion, glissa un jeton pour le personnel, ramassa ses gains et se tourna enfin vers Wolfrom.
― Allons nous-en ! dit-elle.
L’homme afficha à la fois sa satisfaction et son étonnement.
― N’avais-je pas raison ! La chance sait reconnaître les jolies femmes, vous devriez continuer.
Béatrice ne répondit pas. L’air faussement suspicieux, il ajouta.
― Dites-moi, cette façon de tenter toujours le même carré, puis d’abandonner la table une fois gagné, ce n’est pas la première fois que vous jouez, n’est-ce pas ?
― Cela m’arrive de temps en temps, en effet, répondit-elle évasivement.
Elle mentait, c’était la première fois qu’elle mettait les pieds dans un casino. Sans jamais les avoir connus, elle avait toujours prêché son horreur des jeux de hasard…






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Bergamote le 20/12/2007
Bonjour, j'ai parcouru très sommairement ton blog, vu que tu m'y a invité sur le mien. Et c'est une bonne surprise, je reviendrais y passer plus de temps pour tout lire, même si c'est un peu difficile pour moi de lire d'autres livres alors que j'écris le mien...
Merci pour ta visite sur mon site, et je serais ravie de garder le contact avec toi.

Bergamote, créatrice de Bergamote et Papillote.