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Nom du blog :
menacesdamour
Description du blog :
Littérature et digressions d'un auteur de premier roman, légèrement manipulé par ses personnages
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
18.10.2007
Dernière mise à jour :
10.10.2009

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Extrait : rendez-vous au Liechtenstein

Extrait : rendez-vous au Liechtenstein

Publié le 09/06/2009 à 12:56 par menacesdamour
Extrait : rendez-vous au Liechtenstein

… Höller strass ? C’est ça ! Béatrice rangea son plan et s’engagea dans la grande rue piétonne, presque déserte à cette heure.
Le calme qui régnait ici la changeait de l’agitation d’une Riviera qu’elle avait quittée sans regret. A vrai dire ces endroits faits pour étaler des richesses trop rapidement acquises l’avaient toujours un peu assommée. Le bonheur de faire des envieux en exhibant son argent, c’est un truc d’ancien pauvre, pensa t-elle. Ici, c’était le cran au-dessus. On était dans l’aisance depuis longtemps et la certitude de s’y maintenir inclinait à la discrétion. Le luxe pourtant n’atteignait pas à l’élégance. Les maisons, fort anciennes, étaient restaurées avec un tel soin, avec de tels moyens, qu’elles en avaient perdu leur âme. En les rendant trop propres, trop lisses, on avait gommé ces petites imperfections qui rendent attachantes les choses les plus belles.
Ainsi la ville aurait pu ressembler totalement à l’un de ces gros bourgs suisses enrichis de longue date dans le tourisme chic, si elle n’avait eu la particularité d’être organisée en principauté indépendante. Ses lois avaient à tel point facilité le commerce de l’argent qu’il en constituait désormais l’activité principale en même temps que la principale source de richesse.
La rue qu’elle venait d’emprunter montait en pente raide ; elle s’arrêta un instant pour reprendre haleine. Levant la tête, elle distingua le point culminant de la cité. Avec sa forteresse dominatrice plantée sur un rocher, il donnait à la ville son caractère médiéval, tandis qu’en contrebas de grands buildings de verre cassaient nettement ce décor de carte postale. Mais les affaires passaient avant tout, et n’était-ce pas cette primauté-là qui ici justement rassurait ?
La jeune femme reprit son ascension jusqu’à l’adresse indiquée. L’endroit s’annonçait par une simple inscription gravée en creux sur une large vitrine de verre dépoli : Alpach bank. Onshore and offshore banking.
Elle poussa la porte vitrée. Dans le vaste hall, seul un employé trônait derrière un austère comptoir de marbre aux reflets sombres. Elle s’adressa à lui.
― Bonjour. Je suis madame Moriani, j’ai rendez-vous avec monsieur Schelberg.
― Lequel madame, Klaus ou Otto Schelberg ? demanda le guichetier dans un français plus que correct.
― Otto Schelberg.
― Patientez, je vais voir s’il est libre.
Le jeune homme décrocha le téléphone et fit attendre Béatrice quelques instants. Puis, contournant le comptoir, il lui demanda de le suivre vers un escalier en colimaçon. Au premier étage il l’invita à s’asseoir.
Lui faisant face, elle lut sur la porte fermée : Otto Schelberg. Chief account manager.
― Monsieur Schelberg est prévenu, il va vous recevoir, indiqua le jeune homme qui s’apprêtait à redescendre. Voulez-vous un café ou un thé en attendant ?
― Non, je vous remercie, répondit Béatrice…
… Elle vit soudain la porte s’ouvrir, le banquier apparut et la fit entrer dans son bureau. Sans plus attendre, elle sortit de son sac les chèques et les relevés, sagement glissés dans une enveloppe. L’homme qui semblait parfaitement au courant, prit les choses en main.
― Nous allons vous établir un pouvoir, dit-il. Aussi, vais-je vous demander de bien vouloir me présenter votre passeport s’il vous plait.
Il crut bon d’ajouter avec ce ton condescendant que se croient toujours obligés de prendre notaires et banquiers.
― Par ce document le signataire autorisé vous délègue la possibilité d’endosser des chèques établis à son ordre. Pour les déposer sur son compte, sans plus bien sûr. Vous comprenez ?
Bien sûr qu’elle comprenait, elle n’était pas demeurée. Elle se contenta pourtant d’acquiescer humblement. Le banquier lui fit ensuite endosser les chèques et viser un bordereau de remise.
Tandis qu'il vérifiait la conformité des signatures, elle l’observa : il était plutôt bel homme. Grand, la cinquantaine, le visage mince et les yeux bleus. Il portait les vêtements traditionnels de sa profession : costume gris, chemise blanche à rayures allumettes bleues et cravate club en soie. Mais au delà de sa mise impeccable, c’était surtout ses cheveux blonds, couchés en arrière comme des blés sous une pluie d’orage, qui attiraient l’œil. Lorsque tout fut terminé, il la raccompagna jusqu’à la porte et la salua respectueusement, sans autre commentaire.
Dehors midi sonnait à la grosse horloge, tout en haut de la ville. Faute de mieux, Béatrice décida de regagner son hôtel. Elle restait estomaquée par la facilité avec laquelle Schelberg venait d’encaisser tout cet argent : un million de dollars ! « Chère madame, nous allons vous établir un pouvoir ! » Et hop ! « Signez là », et au revoir. Ce pouvait-il que ni lui, ni personne dans cette banque si propre, si calme, n’ait le moindre soupçon sur l’origine de cet argent ? Allons donc, c’était impossible. Toute cette liturgie juridique, ces simagrées de procédures, n’avaient qu’un but : absoudre de sa complicité l’honorable banque et avec elle, tout le système. Elle comprit que le véritable blanchiment résidait là. Il devait être autant moral que financier, et cet aspect la bluffait plus encore que la machinerie d’argent qui le sous-tendait…

... Dans l’après-midi elle se mit en recherche de l’autre banque, celle où l’attendait la somme promise, et maintenant convoitée. Le plan de la ville était simple et elle trouva aisément. L’établissement était cette fois situé en contrebas, dans l’un de ces immeubles de verre qui lui paraissaient si inconvenants quelques heures plus tôt. Elle entra dans le hall et parcourut la liste des sociétés, affichée devant les ascenseurs. Elle y trouva rapidement ce qu’elle cherchait : Oberer bank. Banking facilities. Asset protection - 2nd floor. Malgré la fatigue, elle grimpa l’escalier quatre à quatre. A l’accueil elle expliqua, passeport en main, le motif de sa venue. L’employé consulta la pièce d’identité, puis l’écran de son ordinateur. Elle le vit hésiter un instant, puis froncer carrément les sourcils. Il finit par décrocher son téléphone et parlementa longuement, avec un supérieur semblait-il. Il s’exprimait en allemand et Béatrice ne comprenait pas, mais quelque chose visiblement n’allait pas. Au fil des secondes, elle perdit de sa belle assurance. Pour finir, le guichetier lui demanda de le suivre jusque dans un bureau où une femme l’attendait.
― Bonjour madame Moriani, dit la dame un peu gênée, vous veniez retirer des fonds ?
― Oui, c’est cela, confirma Béatrice qui voulait encore y croire.
― Je regrette, mais nous n’avons rien pour vous.
Elle était mal. Les salauds ! Les salauds, ils n’avaient pas fait ça ? L’employée, la voyant ainsi troublée, lui demanda si tout allait bien, puis expliqua la situation.
― Nous venons effectivement de recevoir un fax nous avisant d’un accréditif de soixante quinze mille dollars à votre ordre. Mais nous sommes vendredi et les fonds ne nous parviendront maintenant que lundi matin.
Béatrice balançait entre soulagement et contrariété.
― C’est que je dois repartir ce soir, lâcha t-elle en se pinçant les lèvres.
― Je comprends dit la femme très courtoisement. Je vais voir avec la direction ce qu’il est possible de faire. Mais je vous en prie, asseyez-vous.
Après quelques minutes la préposée revint.
― Je suis désolée, souffla t-elle. Nous ne pouvons pas décaisser les fonds avant de les avoir reçus.
Béatrice protesta. C’était impossible, elle devait absolument repartir le soir même.
La femme alors lui proposa d’ouvrir un compte.
― Dans ce cas je suis autorisée à vous avancer jusqu’à huit mille dollars. Elle avait dit cela d’un ton neutre et sans empressement, excluant toute intention de démarchage commercial. D’ailleurs, dès le lundi, Béatrice pourrait à distance, donner l’ordre de transférer la totalité restante, là où elle le souhaitait.
Elle était terriblement contrariée, mais cette femme paraissait si digne de confiance qu’elle se laissa aller.
― Et bien c’est d’accord, répondit-elle. Entendu ! Faisons cela.
Alors la mécanique bien huilée aussitôt se remit en marche.
― Puis-je avoir votre passeport s’il vous plait Madame.
Béatrice se prêta de bonne grâce aux formalités d’ouverture du compte. Au sourire complice et chaleureux que lui renvoyait maintenant la personne, elle comprit qu’elle était désormais une cliente, la partenaire d’un noble établissement dans lequel tout était possible, et où rien de ce qui pouvait lui rendre service ne lui serait désormais refusé. Elle prit congé, puis se dirigea vers la caisse pour retirer son argent. Au passage, elle prit machinalement sur un présentoir une petite brochure intitulée : Going offshore simple and easy with Oberer bank...




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robert le 09/06/2009
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