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Nom du blog :
menacesdamour
Description du blog :
Etrange histoire que celle d'un auteur de premier roman manipulé par ses personnages...
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
18.10.2007
Dernière mise à jour :
08.06.2008
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Ecris et sois toi-même ? …

Posté le 03.03.2008 par menacesdamour
(Dessin de Jochen Gerner, membre de l'OuLipo)

A propos d’inspiration, j'ai lu un jour dans Télérama l’interview de quelqu’un de sympathique dont le discours m'a laissé perplexe. Homme d’expérience, acquise à la fois comme écrivain et éditeur, il conseillait aux débutants : « Tu veux être oulipien ? Tu veux être lyrique ? Faire de l’écriture blanche ou du roman historique ? OK, mais fais-le à fonds. Sois toi-même. »

J’aimais bien ce ton, genre je-me-donne-à fonds, qui n’était pas sans me rappeler celui dont j’avais moi-même usé durant mes trente ans de business passés à côtoyer les gens de la pub. Mais, je ne comprenais pas tout à fait ce que signifiait « Sois toi-même ». Je veux dire sur le plan littéraire.
Le détail du discours me troubla plus encore : « Le danger c’est de se laisser bouffer par le texte des autres. Ils impriment des choses en moi, parfois je me sens perclus de modèles, d’audaces qui me font perdre le nord, me gâchent mon propre univers… » affirmait l’éditeur écrivain. Malaise Blaise ! que je respecte, mais que je ne partage pas.

Je n’ai jamais mieux appris que lorsqu’il s’est agit pour moi de transmettre un savoir, de même je ne me suis jamais autant imprégné de mes lectures et plus généralement de tout ce que je voie et entend d’artistiquement exprimé que depuis que je me suis mis à écrire. Tout jeunot en écriture malgré les soixante balais qui se pointent à l’horizon, je me fais la bite comme on dit et j’accomplis mon tour des Arts, comme le compagnon son tour de France. Je me laisse influencer par plus audacieux que moi, m’imprégnant de tout, de ce qu’il y a de petit comme de grand, avec la modestie retrouvée d’une éponge. A partir de mes lectures, tantôt je tire un machin dans le prolongement duquel je me mets à écrire, tantôt je corrige la forme de ce que j’ai déjà rédigé. De sorte que je n’ai pas une idée très claire, ni de ce qui m’appartient, ni de qui je suis en écriture.

Etre moi-même est n’être qu’une combinaison singulière et originale de choses qui me viennent aussi et surtout des autres. L’art ne relève pas seulement de la gestion de projets individuels et indépendants. Comme méta système, il a sa vie propre et sa part d’imprévisibles rebondissements collectifs. La création n’est que copinages, inimitiés et recopiages à valeur ajoutée plus ou moins instinctifs.

Dans ce sens les œuvres comptent peut-être moins que ce qui les relient entre elles ? Ce que la sociologue Irène Théry nomme les trois fonctions Je-Tu-Il de l'être socialisé s'applique à l'écriture, et ce, dans une diversité infinie de liaisons en réseaux complexes à la fois de transmission et de création. Car ceux qui créent, comme ceux qui transmettent ou tout simplement ceux qui reçoivent, sont aussi des passeurs. On appellerait ça la culture. Ainsi l'écriture, comme l'art en général, est indissociable de la culture dans laquelle elle s'insère. Les grandes pannes culturelles de l'histoire apparaissent lorsque l'on décrète "l'art nouveau", la rupture créative totale, en dehors de toutes racines.

Alors vouloir n'être que soi-même là-dedans n'a pas grand sens, ni je dirais grand intérêt. Je ne me sens jamais autant moi-même que lorsque je me mêle à la foule, et m'y fonds.

Mais qu'on ne se méprenne pas, je m'y fonds tout en étant moi-même, hein, clair ! Je ne me sens nullement cette "simple particule d'un grand tout" à la Tolstoï. Le temps de l'art idéologique a fait son temps. L'écrivain, l'artiste au service de la seule cause commune, non merci !





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Ecrire ! moi ?

Posté le 04.01.2008 par menacesdamour


Dostoïevski annonce ainsi dans Les Frères Karamazov : « dans les rêves,… l’homme a parfois des visions si belles, des scènes de la vie réelle si compliquées, il traverse une telle succession d’événements aux péripéties inattendues, depuis les manifestations les plus hautes jusqu’aux moindres bagatelles, que je te le jure Léon Tolstoï lui-même ne parviendrait pas à imaginer. Cependant ces rêves viennent non à des écrivains, mais à des gens ordinaires… »

Et bien je fais partie de ces gens ordinaires à qui viennent les rêves, et qui s’en délivrent en racontant des histoires.

Car à l’expérience je ne crois pas qu'on commence à écrire simplement par envie (elle n’est jamais assez forte), encore moins par projet (on est alors trop centré sur le désir de réussir). L’écriture relève bien d’une nécessité de raconter, d’un réel besoin. Mais d'un besoin de quoi ?

« Ecrire ne sert à rien, mais c’est peut-être la seule façon de trouver une illusion aux choses de la vie. » dit l’un (Javier Cercas) « Ecrire, c’est le bonheur de tourner le dos à la société » dit l’autre (Jacques-Pierre Amette) Mouais !... Je ne me retrouve pas trop dans cette écriture d’évitement, de retrait du monde. « Le talent se développe dans la retraite, le caractère se forme dans le tumulte du monde. » dit Goethe ; je suis attaché aux écritures qui se sont frottées justement à ce tumulte-là, à la vraie vie. Celle, sucrée, dans laquelle on a mordu à belles dents ; comme celle, amère, qui nous a fait mordre la poussière. L'écriture est une façon de prolonger cela, et d'en livrer une vision plus vraie encore par le truchement de la fiction.

Mais bien entendu que l’écriture m’est aussi un exutoire ! Retranché derrière l’imaginaire, je peux forcer le trait. Par orgueil j’y sublime mes défaites et piétine mes victoires, je porte à la lumière mes parts d’ombre pour mieux les évacuer.

Disons-le, le fait d'écrire ne m'a jamais vraiment bluffé. Pour moi, écrire est sans « objet » au sens propre du terme. Comme on dit, le mot n’est pas la chose. Sartre dans Qu'est-ce que la littérature ? se gausse des « élégants » qui veulent à toute fin « parler littérature » avec l'argot de la peinture par exemple ; et ceux qui disent « ciseler leur écriture » me font sourire, je les soupçonne d’être en manque de reconnaissance. Il n’est qu’à observer le plus modeste des graveurs pour comprendre ce que ciselure précisément veut dire : adresse, dextérité, primauté de la main sur l’intelligence après un long apprentissage, transcendance de la matière. Il y a quelque chose de cet ordre chez l’artiste, qu'il n'y a pas tout à fait chez l'écrivain, parce qu’il lui manque justement le contact avec la matière.

Pourtant l’écriture procure ses joies ; elle devient magique quand elle donne à voir. Mais, comme je l'ai dit plus haut, peut-être faut-il pour donner à voir, soi-même avoir vu, observé, vécu quoi ! Je ne crois guère, ou alors je les plains, ceux qui disent : "En dehors d'écrire j'sais rien faire." C'est comme se vanter de ne pas savoir planter un clou. Ah bon ? Et pour pisser, t'arrives quand même à te la tenir. Eh ducon ! Tu le crois pas ça... L'écriture est une délivrance, pas un enfermement...

Ainsi l'imagination seule, l'écriture seule est rarement féconde. Paul Auster a su merveilleusement jouer de cette relation entre le réel et l’écrit, entre la chose et le mot. Ainsi par exemple dans The New York Trilogy assiste t-on à l’évolution de Fanshawe l’écrivain dont l’acuité visuelle et le sens des mots se fondent peu à peu en un geste unique. « By now Fanshawe’s eye has become incredibly sharp, and one senses a new availability of words inside him, as though the distance between seeing and writing had been narrowed, the two acts now almost identical, part of a single, unbroken gesture.”
Acuité visuelle et sens des mots, s'il y a un auteur français qui les possède à mes yeux, c'est bien Kessel, ici par exemple pour l'art du portrait :

"... Il s'appelait Félix Baïssou... Sa vulgarité était effroyable. Je n'ai jamais rien vu d'aussi abjecte que la bonhomie gluante de son sourire."

"... La vivacité des traits et des mouvements semblaient ceux d'une très jeune femme. Mais il y avait dans la plénitude un peu molle de la chair un aspect de pulpe arrivée à son épanouissement, ..."

(Extraits de La passente du Sans-Souci)

Comment mon histoire m'est-elle venue ? ...

Posté le 09.12.2007 par menacesdamour


D'un rêve...

Tout a commencé il y a deux ans, j’étais alors à New York. Tourbillonnant le jour parmi les millions d’habitants de cette ville, je redevenais le soir un être solitaire et déconnecté, marqué pourtant par le curieux personnage rencontré du côté de Soho : Jack... ou Burt, je ne sais plus, un artiste de génie parti à la dérive. Dans ces circonstances un peu inhabituelles, lové dans un lit trop grand au 33° étage, je fis bientôt un rêve qui se répéta. Une femme en noire m’apparaissait. « Aidez-moi ! » disait-elle.

Alors que je souhaitais ardemment le faire, je ressentais dans mon rêve une douloureuse impuissance à lui venir en aide. Son discours haché, toujours le même, me parvenait par bribes : une confession qui évoquait l’argent, des voyages, des enfants, des crimes, et la police ! Elle semblait à la fois poursuivre quelqu’un et être elle-même poursuivie ; coupable et victime ?

Je passai au fil de mes songes de la bienveillance à la tendresse, puis de la tendresse à l’attirance pour cette femme que je sentais de plus en plus proche de moi, mais dont je ne n’arrivais pas à distinguer le visage. Lorsqu’il m’arrivait certaines nuits de ne pas retrouver l’inconnue dans mon sommeil ou de n’en garder aucun souvenir, je ressentais toute l’amertume d’un rendez-vous amoureux manqué.

Je me heurtais nuit après nuit à l’impossibilité de comprendre son histoire ; mais je m’armai d’autant plus de patience que je recherchais ardemment sa présence tout en redoutant qu’elle ne s’enfuit. Une nuit je me réveillai en sursaut, encore imprégné de ma relation avec Elle : je décidai alors de noter précieusement mes impressions.

Peu à peu l’obsession de cette femme me gagna au point que je me mis à la chercher. Je tentais de retrouver dans mes souvenirs celle qui aurait pu lui correspondre. Mais rien, personne qui ne ressemblât à l’impression que me laissait la Dame en noir ! Mon séjour dans la « grosse pomme » touchait à sa fin ; je devais songer à regagner Paris.

Bizarrement, de retour chez moi Elle ne m’apparut plus en rêve. J’en ressenti un terrible manque et mon obsession alors empira, au point de m’accaparer totalement. Je tentai de me raisonner : cette créature n’était qu’un songe, me disais-je. Elle n’existe pas ! Mais rien n’y fit, Elle m’habitait, Elle était en moi.

J’ai alors été assez fou pour lui donner un nom : Béatrice ; pour imaginer autour d’elle des personnages et trouver les lieux nécessaires à bâtir son histoire. C’est ainsi que naquit ce premier roman : « Menaces d’Amour »

Mais ceux d'entre vous qui liront le bouquin comprendront qu'on ne se débarrasse pas de Béatrice simplement en écrivant un roman. Elle me tient. Oserais-je dire qu'elle m'a "engrossé" d'une seconde histoire dont les personnages commencent à bouger en moi à mon réveil. Et Jack... ou Burt, je ne sais plus, l'artiste à la dérive, y serait-il pour quelquechose ?




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