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Nom du blog :
menacesdamour
Description du blog :
Littérature et digressions d'un auteur de premier roman, légèrement manipulé par ses personnages
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
18.10.2007
Dernière mise à jour :
10.10.2009

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Extraits du livre

L'arrivée tardive du commissaire Vallon (suite)

Publié le 05/09/2009 à 10:28 par menacesdamour
 L'arrivée tardive du commissaire Vallon (suite)

" J’en viens aux faits, dit-il. Le ministre nous confie un dossier qui relève du domaine présidentiel et je ne vois que vous Vallon, pour s’y attaquer. Je me fiche de savoir ce qui ne tourne pas rond chez vous depuis quelque temps. Parce que, je vous le dis, vous allez vous ressaisir et mettre le paquet sur cette affaire. Vous restez attaché au pôle financier de la PJ, mais pour vous permettre de vous atteler pleinement à votre nouvelle mission, je vous décharge provisoirement de vos fonctions de responsable de la section Blanchiment. Vous reporterez directement auprès de mon cabinet, sous couvert de Georges. J’en informe dès aujourd’hui tous les patrons de cette maison, en leur demandant de vous appuyer totalement dans vos démarches. Des questions Vallon ? "
Sans attendre de réponse, le directeur enchaîna : " Malgré les apparences, je sais pouvoir compter sur vous. Je laisse le soin à Georges de vous expliquer de quoi il s’agit. "
Gorski s’était levé, Vallon comprit que l’entretien était terminé. Il se leva donc à son tour pour prendre congé.
" Mes respects Monsieur le directeur. "
Chose qu’il était réputé ne jamais faire, le boss alors, lui tendit la main.
" Bonne chance mon cher, je compte réellement sur vous. "
Le commissaire comprit qu’il devait voir dans ce geste magnanime comme une absolution conditionnelle. Quelle pénitence lui avait-on réservée ? Car le sous-dir, à n’en pas douter, avait déjà en poche l’ordre de mission qu’ils lui avaient si bien concocté. Vallon hocha la tête à l’adresse de Barnabé et pivota sur ses talons en direction de la sortie.
Sa fille refusait de le voir et Nadine était aux abonnés absents depuis plus d’une semaine. Tout allait bien... Si, si ! ...

... Vallon accrocha son imper au clou et s’assit à son bureau. Depuis leur séparation, c’était la première fois qu’il revoyait Nadine et une fois encore il ne put s’empêcher de se repasser le film de leur rencontre. Tout avait bien commencé. Elle avait fait irruption dans ce resto du 9° arrondissement où ils s’étaient donné rendez-vous, fraîche et dispose. Il l’avait trouvée belle. Son corsage blanc faisait ressortir son teint encore hâlé et elle portait en sautoir ce collier de corail qu’ils avaient acheté un jour en Grèce. Son boulot avait l’air de bien marcher. Bref, après s’être longtemps battue pour sauver leur couple, elle semblait être passée à autre chose.
Au début du repas, ils en étaient soigneusement restés aux problèmes matériels, comme la scolarité des enfants ou l’organisation pour les vacances. Si bien qu’arrivés au dessert ― qu’ils avaient partagé à deux comme autrefois ― ils avaient pu régler sans heurts bon nombre de questions. Lorsqu’un bruit de verre cassé s’était fait entendre à l’autre bout de la salle, ils avaient même sourit d’un air complice. Léonard avait alors pensé qu’elle était maintenant capable de surmonter le passé récent. Certes, elle vivrait désormais sa propre existence, mais elle resterait proche de lui, il l’avait bien senti. Cela l’avait rassuré et un petit coin de ciel bleu alors lui était apparu...
Bon allez ! Maintenant au boulot, se dit-il. Sans trop savoir ce qu’il faisait, il rassembla ses notes. C’est alors qu’il sursauta : " Ca va Vallon, vous avancez ? "
C’était Georges Barnabé. Oh non ! Pas lui, pas maintenant, pensa Léonard. Il resta silencieux, tête baissée, l’air affairé.
La manœuvre concoctée par Gorski avait produit ses effets. Jacques Drouard, son patron direct, ne se montrait plus tandis que Barnabé lui, était omniprésent. Ce nouveau mode de relation en direct avec le sous-dir gênait terriblement Vallon. D’autant que la mission qu’on lui avait confiée, hors cadre, était complexe. Elle concernait la lutte contre les organisations criminelles en provenance de l’ex Yougoslavie.
L’anarchie qui avait suivi l’effondrement du régime communiste puis ensuite la guerre, avaient permis à ces organisations de prospérer à un point tel que les Européens y voyaient un obstacle à la démocratisation des états nouvellement créés. Tandis que la Slovénie plutôt bonne élève, intégrait l’Union européenne, la Serbie, et dans une certaine mesure la Croatie, étaient montrées du doigt. En tant que président de l’Union, le président de la république devait se rendre prochainement à Zagreb où des accords de coopération allaient se nouer, notamment dans le domaine de la lutte contre la criminalité organisée.
Face à son collègue des affaires étrangères, le ministre de l’intérieur souhaitait prendre le contrôle de ce dossier en particulier, et pour ça il comptait démontrer que sa police en avait la capacité. Vallon, comme le lui avait dévoilé Barnabé, était sensé jouer là-dedans le rôle de l’expert providentiel. Il devait dresser un état des lieux précis sur le sujet, et en même temps organiser quelques coups de filets exemplaires, histoire de préparer le terrain pour les médias.
" Alors ! insista Barnabé. Vos conclusions ? "
Ayant plus ou moins classé ses papiers, Léonard daigna lever la tête.
" Vous lirez mon rapport Monsieur. Mais je vous préviens, c’est compliqué... "
Vallon savait que sa réponse irriterait. Ecarquillant les yeux, le sous-directeur des affaires économiques et financières de la PJ s’avança.
" Qu’est-ce qui est compliqué ?
― Tout, dit Léonard, les maffias, les Balkans...
― Qu’est-ce que vous me chantez ? Une maffia, c’est une maffia !
― Pas tout à fait, Monsieur. "
Là, le sous-dir vint carrément s’asseoir à califourchon en face de Léonard et lâcha d’un air soupçonneux : " Comprends pas ! "
Vallon était accablé à l’idée de devoir expliquer par oral ce qu’il avait mis plusieurs jours à consigner par écrit. Mais l’autre semblait y tenir. Alors il expliqua d’un ton las comment les maffias dont il s’agissait ne s’étaient pas organisées classiquement, de façon occulte et en marge de la société. Au contraire, durant les années récentes de guerre et dans une confusion étatique la plus totale, elles s’étaient développées au grand jour.
― De larges cercles de criminalité se sont d’abord formés au sommet même des Etats, souligna celui qui désormais en connaissait un bout sur la question.
" Boh, boh, boh ! fit Barnabé, la bouche en rond. Vous n’allez pas nous resservir le coup des nomenklatures et tout le toutim. Comme si la criminalité yougoslave avait attendu ça pour exister ?
― Bien sûr que non, protesta Léonard. Les maffias de la rue, celles des bordels sévissent depuis toujours. Le régime de Tito s’en servait déjà comme relais de sa police secrète. Mais le chaos qui règne depuis la chute du communisme a favorisé à grande échelle la collusion entre le criminel et le politique.
― Oh là ! Le politique ? Terrain miné Vallon. Attention où vous mettez les pieds, hein ! "
Voyant la surprise du commissaire, Barnabé partit d’un gros rire gras qui tourna mal. Vallon l’abandonna alors à sa quinte de toux. A ce moment précis il aurait voulu pouvoir être le boss et virer ce catarrheux de son bureau séance tenante : « Bien ! Bonne chance Georges, vous pouvez disposer. Je passerai vous voir à l’hôpital... »
Mais tandis que l’autre crachait ses poumons, de nouveau l’image de Nadine l’accapara et le film dans sa tête reprit.
Arrivé au café, les perspectives s’étaient assombries. Elle l’avait averti : elle ne voulait pas rester toute seule dans cette grande maison, il fallait la vendre, au plus vite. Le vent avait viré au froid, gelant du même coup les belles apparences d’entente cordiale. La complexe machinerie des désespoirs et des rancœurs mutuelles s’était de nouveau mise en marche, dressant entre eux un mur d’incompréhension, intact comme au lendemain de leur séparation. Les visages s’étaient alors tordus et au bord de la colère, des larmes étaient apparues. N’y tenant plus Léonard s’était levé et avait quitté la table. Son déjeuner avec Nadine avait été un fiasco.
Barnabé, dans un dernier spasme venait de s’éclaircir les bronches. L’œil encore humide, il attaqua de nouveau :
" Vous m’entendez Vallon !... Faites gaffe où vous mettez les pieds.
― Mais oui, tout à fait ! ", lança d’abord vaguement Léonard.
Puis finissant par atterrir, il précisa : " Non mais en fait, concernant Zagreb, vous verrez dans mon rapport, pas de problème. "
Vallon, cette fois était à son affaire. Il cita de larges passages de son travail. Politiquement la situation s’était assainie en Croatie depuis les récentes élections. C’était pour cela que l’Union européenne acceptait de tendre la main à ce pays. La seule chose était qu’en dessous, la criminalité continuait de plus belle, mais de façon diffuse désormais.
" Difficile de trouver par quel bout l’approcher, conclut le commissaire. A mon avis si on veut aller vite et remonter aux sources, il vaut mieux s’intéresser à l’argent du crime plutôt qu’au crime lui-même. "
Il découvrit alors que Gorski avait déjà anticipé cette conclusion en lui confiant le job.
" N’êtes-vous pas le spécialiste anti-blanchiment dans cette maison ? ", ironisa Barnabé.
Mais il insista surtout sur le second point de la mission. Le ministre voulait aussi que s’engagent et aboutissent quelques actions bien spectaculaires. A ce sujet, il demanda : " Vous en êtes où concrètement ?
― Et bien, répondit Léonard, avec l’aide de Bastin je poursuis notre pêche aux affaires auprès de différents services. "
Barnabé voulu savoir lesquels. Ils étaient si nombreux que Léonard dut compter sur ses doigts. Rien qu’au sein de la PJ il avait contacté le Proxénétisme, les Atteintes aux biens, le Trafic d’armes, les Stups, les Relations Internationales... Mais il s’était également mis en rapport avec les Renseignements Généraux, et la DST...
Le sous-dir voulu savoir si tout le monde coopérait.
" Plus ou moins, répondit Vallon.
― Comment ça plus ou moins ! s’irrita l’autre. Mais c’est une priorité personnelle du ministre !
― Non mais ça va aller, ne vous inquiétez pas, Monsieur..."
En réalité Vallon savait parfaitement que les patrons de services qu’il avait rencontré se foutaient pas mal de sa priorité personnelle du ministre. Ils avaient les leurs de priorités, poussés tout autant par le même ministre qui leur demandait à eux aussi des résultats. Aussi avait-il décidé de la jouer autrement qu’au forcing. Durant plusieurs semaines, comme il venait de le dire, il avait rencontré pas mal de monde ici et là. Au début il avait surtout écouté, passé son temps à rendre des services, à droite à gauche, faisant en sorte par exemple que des informations s’échangent entre des bureaux qui d’ordinaire ne se parlaient pas.
Amadoués par tant d’attentions, beaucoup avaient fini par accepter en retour de coopérer avec lui. C’était ainsi que dans la plupart des structures, on avait ouvert et passé les dossiers au peigne fin, que de toutes parts les indics avaient été virilement sollicités. Mais le problème était qu’en dépit de toutes ces bonnes volontés, personne n’avait rien trouvé. A l’inverse de ce qui se passait en Allemagne, en Italie ou bien encore en Amérique, la France n’était pas un pays qu’affectionnaient les malfrats des Balkans.
Devant ce tableau, Barnabé s’échauffa de nouveau.
" Ah ! Et vous imaginez le directeur central de la PJ dire au préfet et au ministre de passer la main aux Allemands ou aux italiens ? Non, alors écoutez-moi ! Vous avez rédigé un super rapport, j’en suis certain. Débrouillez-vous maintenant pour l’agrémenter de quelques arrestations. Hein ! Des serbo-croates, des albanais ou autre, qui ne sont pas tout à fait en règle avec la justice, ça doit bien se trouver tout de même ! Et surtout arrangez-vous pour les mettre au trou en présence des journalistes. C’est clair ?
― Bien clair. Ne vous en faites pas Monsieur, temporisa Vallon. On va bien trouver quelque chose.
― Alors faites vite. Il me tarde de vous voir passer la main à propos de ce dossier et de vous remettre au boulot à la tête de votre section. A plus tard Vallon.
― A plus tard monsieur."
Tout va bien pensa Léonard. Non franchement, tout va bien ! ...

... Les deux mains enfoncées dans les poches, Léonard Vallon traversa le Pont Neuf. Plongeant droit vers la rue Dauphine, il se demanda quel démon le poussait toujours à agir contre les choses quand il suffisait de se laisser porter par elles. Il admirait ceux qui comme Caplan ou mieux encore comme Gorski, savaient prendre le vent et girouetter à bon escient. Mais lui non ! Son rapport sur les organisations criminelles yougoslaves en était la preuve, dès qu’il fallait manœuvrer, il n’était plus à la hauteur.
Ainsi le directeur central l’avait d’abord félicité pour la qualité de son travail. « Remarqué en haut lieu » avait-il lancé en caressant le document du bout des doigts comme s’il s’était agit d’une œuvre rare. « Le chef de cabinet du ministre a beaucoup apprécié la dimension européenne que vous avez su donner à votre topo… »
Il est vrai que Léonard avait noué moult contacts avec l’Interpol ainsi qu’avec d’autres polices d’Europe pour arriver à un tel résultat et que cela représentait un gros boulot. Mais le commissaire avait immédiatement compris que des louanges aussi ouvertement exprimées de la part du grand patron présageaient des reproches plus insidieux. Et cela n’avait pas manqué. Il s’entendit dire que le service communication du ministre avait, lui, jugé le document inutile, car inexploitable. Pour accrocher les médias l’attachée de presse réclamait des faits, un scoop, pas un rapport technique ennuyeux. Et Vallon de lui même en avait tiré la conclusion : quand seul l’accessoire importait il avait commis l’erreur de s’attacher à l’essentiel. Mauvaise pioche ! Aussi s’il ne voulait pas décevoir une fois encore, au lieu de se montrer pertinent en matière de criminalité organisée, il lui fallait dare-dare dégoter une affaire, même mineure, propre à "frapper l’opinion".
Questionnant chaque matin tous les services de police en compagnie de son fidèle Bastin, il avait donc de nouveau repassé la France des crimes et délits en revue serrée. Mais toujours rien ! Pas le moindre détail qui aurait permis de faire le lien entre un fait divers et les mafias yougoslaves.
Les jours passant, Gorski lui mettait de plus en plus la pression et Léonard sentait qu’il allait craquer.
« Qu’ils aillent se faire foutre » avait-il fini par lâcher à son adjoint en cette fin d’après-midi. « Je vais prendre l’air et je n’ai pas l’intention de reparaître au bureau avant un moment... »
Arrivé Place de Buci, Vallon bifurqua vers la droite en direction de St Germain-des-Près. Il y avait fort longtemps qu’il n’était pas venu dans ce quartier précisément. Il fut surpris : à l’évidence les petites boutiques dont il avait souvenance avaient toutes disparues. Elles avaient fait place à des enseignes aux concepts sophistiqués dont le chaland désormais raffolait. Ainsi au Fournil de Paul, le voyait-on faire la queue pour choisir un pain chic parmi vingt sortes au moins. Itou dans le magasin d’à côté pour le café et puis plus loin encore pour le thé, pour le chocolat, l’huile, la moutarde, le miel… Saveurs, typicité, terroirs, tout était désormais affaire de spécialistes. Le marketing du luxe s’était emparé dans le quartier de la bouffe la plus ordinaire, hissant le moindre article d’épicerie à un degré de complexité qui n’avait d’égal que son prix. Tout cela était proprement formidable !
Mais c’était le petit commerce du livre qui semblait avoir le plus pâti de ces envahissantes subtilités. Seule exception à leur totale éradication du coin, une petite librairie que Léonard reconnu. Blottie entre deux terrasses de cafés, elle était tellement mal placée que cela l’avait sauvée des prédateurs. Par crainte d’y rencontrer la misère, il n’osa pas cependant s’y hasarder et se contenta de jeter un œil à la devanture étriquée.
Cela lui fit songer que vingt ans plus tôt il avait eu vingt ans par ici. Et bon sang ! Ce que les choses avaient changé. Du moins le pensait-il. En ce temps-là, ses professeurs, comme ses parents caressaient pour lui l’idée d’un bel avenir. Et ils n’avaient pas tort, car quelques années plus tard, après de brillantes études de droit et de finance, une carrière d’avocat d’affaires s’était ouverte à lui. Le cabinet réputé où il avait fait son stage n’avait pas tardé à embaucher le jeune homme. Premiers salaires, premiers crédits, voiture de sport, costumes griffés, belles gonzesses. Son père, modeste artisan, était fier d’avoir comme fils un premier de la classe qui entrait ainsi dans la vie par la grande porte. Et lui Leonard, était quelque part fier que son père soit fier de lui. Tout allait de soi, lisse et sans ombre.
Le cours des choses avait tourné un an plus tard, à la mort inattendue de sa mère. Le doute s’était alors précocement emparé de lui. Subitement il ne s’était plus reconnu dans l’homme qu’il s’apprêtait à devenir. Il avait laissé tomber la basoche pour passer le concours d’entrée dans la police.
Là, toujours aussi brillamment noté, il avait choisi à la sortie de l’école d’intégrer le pôle financier. Bien ! Mais tout de même, quelle drôle d’idée ! Pourquoi diable la police ? Combien de fois n’avait-il pas entendu cette question. Il répondait qu’il ne savait pas. Peut-être était-ce parce que dans ce métier on ne se faisait aucune illusion, ni sur soi, ni sur son avenir, ni sur celui des autres et que cela lui convenait finalement mieux qu’une quête constante de la réussite à tout crin. Enfin çà s’était fait comme ça. Il ne regrettait rien, même si son père lui avait longtemps dit : « j’te comprends pas Léonard ! » Mais bon, lui non plus ne se comprenait pas toujours…
Sortant de sa rêverie, il évita l’image de lui-même que lui renvoyait la vitrine du libraire en fixant ses souliers. Le goût des belles chaussures et des costumes bien coupés était la seule chose qui lui restait de sa brillante jeunesse. Quoique !…
Il tentait de faire le vide dans sa tête quand soudain son téléphone vibra. Il l’extirpa de sa poche et se le coinça sur l’oreille en inclinant brusquement la tête à la manière de David Niven dans Le cerveau.
" Allo oui, gémit-il d’un ton légèrement excédé.
― Léonard ? C’est Bastin.
― Oui ! Je t’écoute.
― On tient peut-être une piste. McCoye, tu connais ?
― De nom…
― Il dirige le groupe quatre à la Crim. On vient de leur refiler un cadavre, retrouvé le crâne ouvert dans une cour d’immeuble du 9° arrondissement. Pas de papiers, rien. "
Bastin expliqua qu’après recherches, le mort venait d’être identifié… connu, … Léonard n’arrivait pas vraiment à accrocher. Il s’était arrêté et de nouveau fixait ses chaussures.
" Oh ! Léonard t’es là ? aboya l’autre. Le mec s’appelait Herzog, ou un truc comme ça. C’est yougo comme nom y paraît ! Tu m’entends ?
― Gueule pas comme ça ! Oui je t’entends rétorqua Vallon. Mais,… c’est ça que t’appelles une piste ?
― Tu m’as écouté ou quoi ? Je viens de te dire, reprit Bastin en hachant ses mots, que ce type est entré en France l’an dernier avec de faux papiers et qu’il a été repéré comme appartenant au grand banditisme. Il a filé entre les mains de la police en blessant un inspecteur. Et on vient de le retrouvé, trucidé dans une arrière cour… "
Vallon se redressa soudain et sortit de sa torpeur.
" OK, je rentre au trente six. Et je veux voir McCoye dans une demi heure, débrouille-toi pour qu’il soit là. Recherche aussi les collègues qui ont tenté de serrer le mec à l’époque. Je veux les entendre aussi. Il n’empêche, je te rappelle qu’on n’a pas trace de la moindre affaire yougoslave sur le territoire. Ce type était seul ?
― Quand on a tenté de l’appréhender il y a un an, il était avec une femme... "

Extrait : rendez-vous au Liechtenstein

Publié le 09/06/2009 à 12:56 par menacesdamour
Extrait : rendez-vous au Liechtenstein

… Höller strass ? C’est ça ! Béatrice rangea son plan et s’engagea dans la grande rue piétonne, presque déserte à cette heure.
Le calme qui régnait ici la changeait de l’agitation d’une Riviera qu’elle avait quittée sans regret. A vrai dire ces endroits faits pour étaler des richesses trop rapidement acquises l’avaient toujours un peu assommée. Le bonheur de faire des envieux en exhibant son argent, c’est un truc d’ancien pauvre, pensa t-elle. Ici, c’était le cran au-dessus. On était dans l’aisance depuis longtemps et la certitude de s’y maintenir inclinait à la discrétion. Le luxe pourtant n’atteignait pas à l’élégance. Les maisons, fort anciennes, étaient restaurées avec un tel soin, avec de tels moyens, qu’elles en avaient perdu leur âme. En les rendant trop propres, trop lisses, on avait gommé ces petites imperfections qui rendent attachantes les choses les plus belles.
Ainsi la ville aurait pu ressembler totalement à l’un de ces gros bourgs suisses enrichis de longue date dans le tourisme chic, si elle n’avait eu la particularité d’être organisée en principauté indépendante. Ses lois avaient à tel point facilité le commerce de l’argent qu’il en constituait désormais l’activité principale en même temps que la principale source de richesse.
La rue qu’elle venait d’emprunter montait en pente raide ; elle s’arrêta un instant pour reprendre haleine. Levant la tête, elle distingua le point culminant de la cité. Avec sa forteresse dominatrice plantée sur un rocher, il donnait à la ville son caractère médiéval, tandis qu’en contrebas de grands buildings de verre cassaient nettement ce décor de carte postale. Mais les affaires passaient avant tout, et n’était-ce pas cette primauté-là qui ici justement rassurait ?
La jeune femme reprit son ascension jusqu’à l’adresse indiquée. L’endroit s’annonçait par une simple inscription gravée en creux sur une large vitrine de verre dépoli : Alpach bank. Onshore and offshore banking.
Elle poussa la porte vitrée. Dans le vaste hall, seul un employé trônait derrière un austère comptoir de marbre aux reflets sombres. Elle s’adressa à lui.
― Bonjour. Je suis madame Moriani, j’ai rendez-vous avec monsieur Schelberg.
― Lequel madame, Klaus ou Otto Schelberg ? demanda le guichetier dans un français plus que correct.
― Otto Schelberg.
― Patientez, je vais voir s’il est libre.
Le jeune homme décrocha le téléphone et fit attendre Béatrice quelques instants. Puis, contournant le comptoir, il lui demanda de le suivre vers un escalier en colimaçon. Au premier étage il l’invita à s’asseoir.
Lui faisant face, elle lut sur la porte fermée : Otto Schelberg. Chief account manager.
― Monsieur Schelberg est prévenu, il va vous recevoir, indiqua le jeune homme qui s’apprêtait à redescendre. Voulez-vous un café ou un thé en attendant ?
― Non, je vous remercie, répondit Béatrice…
… Elle vit soudain la porte s’ouvrir, le banquier apparut et la fit entrer dans son bureau. Sans plus attendre, elle sortit de son sac les chèques et les relevés, sagement glissés dans une enveloppe. L’homme qui semblait parfaitement au courant, prit les choses en main.
― Nous allons vous établir un pouvoir, dit-il. Aussi, vais-je vous demander de bien vouloir me présenter votre passeport s’il vous plait.
Il crut bon d’ajouter avec ce ton condescendant que se croient toujours obligés de prendre notaires et banquiers.
― Par ce document le signataire autorisé vous délègue la possibilité d’endosser des chèques établis à son ordre. Pour les déposer sur son compte, sans plus bien sûr. Vous comprenez ?
Bien sûr qu’elle comprenait, elle n’était pas demeurée. Elle se contenta pourtant d’acquiescer humblement. Le banquier lui fit ensuite endosser les chèques et viser un bordereau de remise.
Tandis qu'il vérifiait la conformité des signatures, elle l’observa : il était plutôt bel homme. Grand, la cinquantaine, le visage mince et les yeux bleus. Il portait les vêtements traditionnels de sa profession : costume gris, chemise blanche à rayures allumettes bleues et cravate club en soie. Mais au delà de sa mise impeccable, c’était surtout ses cheveux blonds, couchés en arrière comme des blés sous une pluie d’orage, qui attiraient l’œil. Lorsque tout fut terminé, il la raccompagna jusqu’à la porte et la salua respectueusement, sans autre commentaire.
Dehors midi sonnait à la grosse horloge, tout en haut de la ville. Faute de mieux, Béatrice décida de regagner son hôtel. Elle restait estomaquée par la facilité avec laquelle Schelberg venait d’encaisser tout cet argent : un million de dollars ! « Chère madame, nous allons vous établir un pouvoir ! » Et hop ! « Signez là », et au revoir. Ce pouvait-il que ni lui, ni personne dans cette banque si propre, si calme, n’ait le moindre soupçon sur l’origine de cet argent ? Allons donc, c’était impossible. Toute cette liturgie juridique, ces simagrées de procédures, n’avaient qu’un but : absoudre de sa complicité l’honorable banque et avec elle, tout le système. Elle comprit que le véritable blanchiment résidait là. Il devait être autant moral que financier, et cet aspect la bluffait plus encore que la machinerie d’argent qui le sous-tendait…

... Dans l’après-midi elle se mit en recherche de l’autre banque, celle où l’attendait la somme promise, et maintenant convoitée. Le plan de la ville était simple et elle trouva aisément. L’établissement était cette fois situé en contrebas, dans l’un de ces immeubles de verre qui lui paraissaient si inconvenants quelques heures plus tôt. Elle entra dans le hall et parcourut la liste des sociétés, affichée devant les ascenseurs. Elle y trouva rapidement ce qu’elle cherchait : Oberer bank. Banking facilities. Asset protection - 2nd floor. Malgré la fatigue, elle grimpa l’escalier quatre à quatre. A l’accueil elle expliqua, passeport en main, le motif de sa venue. L’employé consulta la pièce d’identité, puis l’écran de son ordinateur. Elle le vit hésiter un instant, puis froncer carrément les sourcils. Il finit par décrocher son téléphone et parlementa longuement, avec un supérieur semblait-il. Il s’exprimait en allemand et Béatrice ne comprenait pas, mais quelque chose visiblement n’allait pas. Au fil des secondes, elle perdit de sa belle assurance. Pour finir, le guichetier lui demanda de le suivre jusque dans un bureau où une femme l’attendait.
― Bonjour madame Moriani, dit la dame un peu gênée, vous veniez retirer des fonds ?
― Oui, c’est cela, confirma Béatrice qui voulait encore y croire.
― Je regrette, mais nous n’avons rien pour vous.
Elle était mal. Les salauds ! Les salauds, ils n’avaient pas fait ça ? L’employée, la voyant ainsi troublée, lui demanda si tout allait bien, puis expliqua la situation.
― Nous venons effectivement de recevoir un fax nous avisant d’un accréditif de soixante quinze mille dollars à votre ordre. Mais nous sommes vendredi et les fonds ne nous parviendront maintenant que lundi matin.
Béatrice balançait entre soulagement et contrariété.
― C’est que je dois repartir ce soir, lâcha t-elle en se pinçant les lèvres.
― Je comprends dit la femme très courtoisement. Je vais voir avec la direction ce qu’il est possible de faire. Mais je vous en prie, asseyez-vous.
Après quelques minutes la préposée revint.
― Je suis désolée, souffla t-elle. Nous ne pouvons pas décaisser les fonds avant de les avoir reçus.
Béatrice protesta. C’était impossible, elle devait absolument repartir le soir même.
La femme alors lui proposa d’ouvrir un compte.
― Dans ce cas je suis autorisée à vous avancer jusqu’à huit mille dollars. Elle avait dit cela d’un ton neutre et sans empressement, excluant toute intention de démarchage commercial. D’ailleurs, dès le lundi, Béatrice pourrait à distance, donner l’ordre de transférer la totalité restante, là où elle le souhaitait.
Elle était terriblement contrariée, mais cette femme paraissait si digne de confiance qu’elle se laissa aller.
― Et bien c’est d’accord, répondit-elle. Entendu ! Faisons cela.
Alors la mécanique bien huilée aussitôt se remit en marche.
― Puis-je avoir votre passeport s’il vous plait Madame.
Béatrice se prêta de bonne grâce aux formalités d’ouverture du compte. Au sourire complice et chaleureux que lui renvoyait maintenant la personne, elle comprit qu’elle était désormais une cliente, la partenaire d’un noble établissement dans lequel tout était possible, et où rien de ce qui pouvait lui rendre service ne lui serait désormais refusé. Elle prit congé, puis se dirigea vers la caisse pour retirer son argent. Au passage, elle prit machinalement sur un présentoir une petite brochure intitulée : Going offshore simple and easy with Oberer bank...

Extrait : le financier...

Publié le 26/09/2008 à 12:00 par menacesdamour
Extrait : le financier...
(Extrait du livre)
Andro Epikivik était d’une certaine manière un homme appréciable. Corps rond, visage rond, lunettes rondes, il avait toutes les apparences de la rondeur. Mais, méfiance ! En réalité quelqu’un de carré, au caractère anguleux… Fils d’instituteur, il avait fait de brillantes études du temps de Tito et s’était vite retrouvé parmi les cadres dirigeants de la banque d’état. A la chute du régime communiste il s’était fait démocratiquement élire, en même temps qu’il se convertissait aux techniques du capitalisme libéral.
Du nouveau système il avait surtout retenu l’idée selon laquelle l’argent est à la fois la forme initiale et la forme ultime de la matière, de sorte que pour faire des affaires il était inutile de vouloir s’intéresser à autre chose qu'à la finance.
Mieux encore, qu’il existait au cœur de l’argent certaines manipulations, qui grâce à des formules complexes, permettaient à la manière des alchimistes anciens de fabriquer de l’or. Oui, vraiment ! De fabriquer de l’or. De l’or moderne bien sûr, de la hot money, virtuelle, numérisée en jeux d’écritures, que l’on pouvait propulser à travers le globe aussi vite que l’éclair, grâce aux télécoms. Très rapidement, Andro était donc devenu un financier international, un vrai et le monde désormais était sensé lui appartenir…
Béatrice avait su créer les occasions de l’écouter. Par petites touches elle avait aussi fait preuve de quelques capacités, tout en montrant qu’elle n’était pas insensible à l’argent. Mais surtout, elle s’était montrée dévouée, discrète et loyale envers lui, gagnant ainsi peu à peu sa confiance.

Extrait : amour, à mort...

Publié le 22/12/2007 à 12:00 par menacesdamour
Extrait : amour, à mort...


… La voiture pénètre bientôt dans l’ombre touffue du bois. Les premiers arbres passés, l’étudiant arrête la Mercedes sur le bas côté, il coupe les phares, le moteur. Il fait nuit noir, pas un bruit, personne. Les deux garçons descendent pisser à la lueur des lanternes de l’auto restées allumées. Sans les voir, elle les entend plaisanter en éructant. Les revoilà, ils reviennent, la chemise sortie, la braguette encore ouverte. Les deux portières s’ouvrent quasiment en même temps, le froid s’engouffre dans l’habitacle, et sous la lumière du plafonnier, elle distingue les traces embuées de leurs haleines encore chargées d’alcool.
Cardelle interpelle soudain son pote en hochant la tête : « Eh Manu ! Elle te dit pas ma copine ? » Béatrice n’a d’autre défense que de fermer les yeux…

… Avec Philippe justement Béatrice avait du mal à cerner son histoire. Qu’avait-elle partagé avec lui, que restait-il de leur union ? Charmant, attentionné, il y avait toujours eu chez lui comme une sorte d’incapacité à la moindre violence qui en faisait un homme gentil, mais sans passion. C’était pourtant cette tranquillité là qui l’avait attirée vers lui. Il n’était guère porté sur le sexe et elle lui en avait été reconnaissante. Ils avaient ainsi vécu ensemble, confortablement, une vie sans risque, sans excès de désir ni de déception, ce qui lui avait permis à elle de se lover dans sa coquille sans jamais avoir à lui fermer la porte de son intimité…

… Le soir venu, elles rentraient fourbues de leurs séances d’entraînement. Après la douche, elles contemplaient leurs corps enfin au repos, lisses et durs comme le marbre et il leur arrivait souvent de reprendre leurs joutes sur le sofa. Béatrice prenait en général le dessus. Bientôt assise sur sa partenaire allongée, elle l’immobilisait en disant : « Dis-moi que je te fais mal » Tandis qu’elle n’obtenait qu’un non saccadé et rieur, elle insistait, en serrant plus fort : « Dis-moi que je te fais mal, allez demande pardon. » Quand un début de larmes venait brouiller la vue de la fille inerte, quand un ultime râle réclamait sa clémence, à ce moment là seulement, avec jouissance elle lâchait prise…

… Fendue, rejetant en arrière sa magnifique crinière noire d’un coup de rein rageur, la fille se montra particulièrement ardente dans ses ultimes va-et-vient. Et quand la drôlesse, échevelée, fumante, simula l’anéantissement final, rendant l’âme dans un soupir tout à fait convaincant, l’assistance applaudit à tout rompre. Les billets tombèrent, Andro les ramassa et les tendit à l’artiste.
Totalement électrisée, Béatrice s’agitait sur sa chaise, encore sous le coup de l’atroce exercice auquel elle venait d’assister. Cela dépassait en intensité les intimes plaisirs auxquels elle s’adonnait sous l’effet de ce qu’elle appelait pudiquement ses vitamines. La chose prenait là une dimension d’elle insoupçonnée, collective et vengeresse. Car tandis que la petite singeait l’amour, elle avait vu le regard des hommes, vu comment ils étaient là, à ses pieds, bavant ! Et quelque chose de fort, jusqu’ici inconnu, l’avait traversée de la plante des pieds jusqu’à la racine des cheveux.
Elle admirait celle qui sans retenue avait fait face, mettant tous ces machos sous sa coupe. Ah, de quels perfides et formidables artifices elle avait su user ! Lumière et lucre, torture brutale et dosée, désirs inassouvis, convergence des concupiscences, stupide turpitude d’hommes terrassés là par un sexe en creux brandi comme une arme. Ce théâtre de la petite mort annoncée la laissait haletante…


Extrait : l'argent...

Publié le 05/12/2007 à 12:00 par menacesdamour
Extrait : l'argent...


… Béatrice se voyait désormais basculer du côté de ceux qui brassent l’argent sans crainte. Elle aussi, là maintenant, goûtait un peu de cette euphorie que procure l’idée de posséder beaucoup plus qu’il ne faut, sans se sentir pour autant coupable, avec la conviction d’être seulement récompensée d’avoir osé ! Ainsi dans leur toute puissance, ceux que l’on interpellait comme des bâtisseurs d’en pire, des gagneurs gagés, des entrepreneurs trop prenants, peut-être n’avaient-ils pas tort au fonds d’agir ainsi, au mépris de ceux qui au contraire n’oseraient jamais ? C’est vrai çà ! Les autres, ces moralistes mous, craintifs crasseux, glaneurs de glauque, ces timorés à tempérament, toujours à craindre, toujours à geindre, à jalouser ceux qui avaient réussi ; que faisaient-ils ceux-là pour s’en sortir ? Hein ! Pourquoi les pauvres s’imaginaient-ils toujours devoir leur malheur aux riches. Les vrais riches eux étaient persuadés de ne devoir leur fortune qu’à eux-mêmes et c’est de cela, autant que de leur argent, qu’ils tiraient leur supériorité.
" Mais parfaitement ! Je viens de gagner soixante quinze mille dollars. Soixante quinze mille dollars mes amis. Et je vous emmerde ! " Voilà à cet instant précis ce qu’elle aurait voulu lancer à la face du monde. Provoc, bien sûr ! Mais quand même…

… L’heure avançant, il se collait littéralement contre elle sous prétexte de lui confier ses derniers états d’âme. Ayant vidé son verre, l’homme un peu éméché lui proposa carrément de monter dans sa chambre. Béatrice le découragea juste ce qu’il fallait, avant d’accepter. Ils montèrent.
La porte à peine refermée, celui qui se faisait appeler Alec s’approcha d’elle pour l’embrasser. Elle se laissa faire d’abord, puis le repoussa gentiment.
― Eh ! Doucement chéri, je préférais que tu me donnes mon petit cadeau maintenant : c’est deux milles dollars. Mais je prends aussi les francs suisses...

… Béatrice s’était mis en recherche d’un cabinet conseil en opérations offshore. Ces officines qui faisaient le même métier que Trevor étaient très nombreuses sur l’île et elle n’avait eu que l’embarras du choix.
Elle avait finalement retenu le cabinet Benson et leur avait expliqué ce qu’elle recherchait. Benson possédait sur toutes les places financières offshore des Off-the-shelf-companies, sociétés déjà constituées et prêtes à l’emploi, justement destinées aux clients pressés. Le système avait par conséquent été extrêmement rapide à mettre en place et l’ouverture des comptes en banques, quasi instantanée...

… A peine arrivés aux îles Cook, Béatrice ferait valser ses millions vers les Philippines, d’où ils s’envoleraient ensuite vers Jersey. Rebondissant d’une société écran vers une autre, une fois ils changeraient de place entre deux succursales de la même banque, une autre fois ils changeraient de banque en restant sur la même place. Telle était la manœuvre que lui avait montée le cabinet Benson moyennant quatre cent mille dollars d’honoraires…

Extrait : du beau, du moche dans le paysage...

Publié le 05/12/2007 à 12:00 par menacesdamour
Extrait : du beau, du moche dans le paysage...

… Béatrice pour l'heure, ne voulait s’intéresser qu’à la beauté de la mer, à ces eaux magnifiquement bleues, aux horizons parsemés d’îles rougeoyantes qui s’offraient à leurs yeux au soleil couchant. Elle comprenait cependant que Nevenka fut d’une toute autre humeur.
L’une souffrait du présent, tandis que l’autre tentait d’oublier son passé. Chacune d'elle conjuguait ainsi les choses selon l’état de leur propre histoire. Quand Béatrice faisait remarquer combien il faisait incroyablement doux, comment la vie avait l’air si paisible, Nevenka ne manquait jamais de rajouter : « N’est-ce pas ! Il est difficile d’imaginer que la guerre et la mort sévissent à quoi ? deux cents kilomètres d’ici, à peine. »
Au fil de leur périple, nevenka se montra de plus en plus obsédée par la guerre dont le dénouement semblait se précipiter. Chaque jour, elle achetait le journal en quête des nouvelles.
Un matin, elle avait annoncé avec fébrilité : « Il faut rentrer. On vient de libérer les territoires du sud. Tous les territoires ! Nous sommes libres, libres, tu entends !

… Deux heures plus tard, ils franchirent un petit massif montagneux en haut duquel ils découvrirent sur l’autre versant l’ombre étalée d’une grande ville. Il ne donna aucune explication, elle ne fit aucun commentaire. Ils atteignirent ainsi des faubourgs aux aspects tristes et lépreux. Ca et là apparaissait la perspective de maisons torturées. Avec leurs volets de guingois, leurs façades brûlées ou tavelées de noir, elles témoignaient du malheur récent qui s’était sauvagement abattu sur les lieux. Elle évita cependant toute question.
Ils entrèrent bientôt dans la ville proprement dite. Des maisons, des immeubles présentaient là aussi les mêmes stigmates…

Extrait : quelques crimes par ci par là...

Publié le 05/12/2007 à 12:00 par menacesdamour
Extrait : quelques crimes par ci par là...


… Quand le chauffeur retourna le cadavre avec le pied, elle vit nettement le grand trou noirâtre qui lui déformait la face. Elle réalisa qu’Ivan l’avait abattu d’une balle en pleine tête et un haut le cœur soudain la prit. Gênée dans ses mouvements par le sac qui lui barrait le dos, elle se pencha contre un arbre et vomit un long jet de bile. Les yeux emplis de larmes, elle cracha autant qu’elle put tout le fiel qui lui avait envahi le nez et la bouche. Faute de mieux, elle allait s’essuyer d’un revers de main, quand elle vit Ivan qui lui tendait un mouchoir. Elle se redressa pour lui faire face et s’obligea à le regarder droit dans les yeux. Aucune haine, aucune violence ne transparaissaient dans son regard. Il se tenait là devant elle, comme le gros chien de garde pataud et attentif qu’il avait toujours été avec elle. Quelque chose cependant sur son visage carré et osseux, peut-être la façon dont il faisait saillir ses maxillaires, indiquait que l’animal pouvait être un redoutable tueur. Elle en avait maintenant la preuve. Bien qu’un long frisson lui parcouru l’échine, elle trouva le courage de prendre sans un mot la pochette blanche qu’il lui présentait gentiment…

… Le jeune homme avança d’un pas encore. Victor alors leva l’arme dans sa direction.
― Eh ! Reste tranquille.
― Je te préviens Victor, tu touches à un cheveu de Béatrice et t’as affaire à moi !
L’autre pointait toujours son arme, de plus en plus menaçant.
― Oh ! T’es qui toi pour me parler comme ça, hein ?
Fontana bondit sur lui et cria, furieux.
― Aller arrête, lâche ce pistolet. Lâche ce pistolet, bordel…
Une courte lutte, presque immobile s’engagea. Fontana retourna peu à peu la main armée qui le menaçait. Zémar tenta de se dégager d’une violente secousse.
Régis, assourdi par le coup de feu qui lui claqua à quelques centimètres de l’oreille, sentit le corps de son copain s’affaisser mollement sur le plancher dans une odeur de poudre qui le prit à la gorge. Le sang qui giclait du cou et du crâne à gros bouillon forma bientôt une marre épaisse au milieu de laquelle baignait l’arme tombée à terre. Il n’eut pas le courage de la ramasser, tant le sang rouge et visqueux lui faisait horreur. Il enjamba maladroitement le corps et ouvrit la porte. La lumière éteinte, il s’enfuit dans l’ombre…