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Nom du blog :
menacesdamour
Description du blog :
Etrange histoire que celle d'un auteur de premier roman manipulé par ses personnages...
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
18.10.2007
Dernière mise à jour :
08.06.2008
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Extraits du livre

Nous irons tous au Lichtenstein...

Posté le 02.03.2008 par menacesdamour

(Extraits du livre)
… Höller strass ? C’est ça ! Béatrice rangea son plan et s’engagea dans la grande rue piétonne, presque déserte à cette heure.
Le calme qui régnait ici la changeait de l’agitation d’une Riviera qu’elle avait quittée sans regret. A vrai dire ces endroits faits pour étaler des richesses trop rapidement acquises l’avaient toujours un peu assommée. Le bonheur de faire des envieux en exhibant son argent, c’est un truc d’ancien pauvre, pensa t-elle. Ici, c’était le cran au-dessus. On était dans l’aisance depuis longtemps et la certitude de s’y maintenir inclinait à la discrétion. Le luxe pourtant n’atteignait pas à l’élégance. Les maisons, fort anciennes, étaient restaurées avec un tel soin, avec de tels moyens, qu’elles en avaient perdu leur âme. En les rendant trop propres, trop lisses, on avait gommé ces petites imperfections qui rendent attachantes les choses les plus belles.
Ainsi la ville aurait pu ressembler totalement à l’un de ces gros bourgs suisses enrichis de longue date dans le tourisme chic, si elle n’avait eu la particularité d’être organisée en principauté indépendante. Ses lois avaient à tel point facilité le commerce de l’argent qu’il en constituait désormais l’activité principale en même temps que la principale source de richesse.
La rue qu’elle venait d’emprunter montait en pente raide ; elle s’arrêta un instant pour reprendre haleine. Levant la tête, elle distingua le point culminant de la cité. Avec sa forteresse dominatrice plantée sur un rocher, il donnait à la ville son caractère médiéval, tandis qu’en contrebas de grands buildings de verre cassaient nettement ce décor de carte postale. Mais les affaires passaient avant tout, et n’était-ce pas cette primauté-là qui ici justement rassurait ?
La jeune femme reprit son ascension jusqu’à l’adresse indiquée. L’endroit s’annonçait par une simple inscription gravée en creux sur une large vitrine de verre dépoli : Alpach bank. Onshore and offshore banking.
Elle poussa la porte vitrée. Dans le vaste hall, seul un employé trônait derrière un austère comptoir de marbre aux reflets sombres. Elle s’adressa à lui.
― Bonjour. Je suis madame Moriani, j’ai rendez-vous avec monsieur Schelberg.
― Lequel madame, Klaus ou Otto Schelberg ? demanda le guichetier dans un français plus que correct.
― Otto Schelberg.
― Patientez, je vais voir s’il est libre.
Le jeune homme décrocha le téléphone et fit attendre Béatrice quelques instants. Puis, contournant le comptoir, il lui demanda de le suivre vers un escalier en colimaçon. Au premier étage il l’invita à s’asseoir.
Lui faisant face, elle lut sur la porte fermée : Otto Schelberg. Chief account manager.
― Monsieur Schelberg est prévenu, il va vous recevoir, indiqua le jeune homme qui s’apprêtait à redescendre. Voulez-vous un café ou un thé en attendant ?
― Non, je vous remercie, répondit Béatrice…
… Elle vit soudain la porte s’ouvrir, le banquier apparut et la fit entrer dans son bureau. Sans plus attendre, elle sortit de son sac les chèques et les relevés, sagement glissés dans une enveloppe. L’homme qui semblait parfaitement au courant, prit les choses en main.
― Nous allons vous établir un pouvoir, dit-il. Aussi, vais-je vous demander de bien vouloir me présenter votre passeport s’il vous plait.
Il crut bon d’ajouter avec ce ton condescendant que se croient toujours obligés de prendre notaires et banquiers.
― Par ce document le signataire autorisé vous délègue la possibilité d’endosser des chèques établis à son ordre. Pour les déposer sur son compte, sans plus bien sûr. Vous comprenez ?
Bien sûr qu’elle comprenait, elle n’était pas demeurée. Elle se contenta pourtant d’acquiescer humblement. Le banquier lui fit ensuite endosser les chèques et viser un bordereau de remise.
Elle l’observait : il était plutôt bel homme. Grand, la cinquantaine, le visage mince et les yeux bleus. Il portait les vêtements traditionnels de sa profession : costume gris, chemise blanche à rayures allumettes bleues et cravate club en soie. Mais au delà de sa mise impeccable, c’était surtout ses cheveux blonds, couchés en arrière comme un champ de blé sous une pluie d’orage, qui attiraient l’œil. Lorsque tout fut terminé, il la raccompagna jusqu’à la porte et la salua respectueusement, sans autre commentaire.
Dehors midi sonnait à la grosse horloge, tout en haut de la ville. Faute de mieux, Béatrice décida de regagner son hôtel. Elle restait estomaquée par la facilité avec laquelle Schelberg venait d’encaisser tout cet argent : un million de dollars ! « Chère madame, nous allons vous établir un pouvoir ! » Et hop ! « Signez là », et au revoir. Ce pouvait-il que ni lui, ni personne dans cette banque si propre, si calme, n’ait le moindre soupçon sur l’origine de cet argent ? Allons donc, c’était impossible. Toute cette liturgie juridique, ces simagrées de procédures, n’avaient qu’un but : absoudre de sa complicité l’honorable banque et avec elle, tout le système. Elle comprit que le véritable blanchiment résidait là. Il devait être autant moral que financier, et cet aspect la bluffait plus encore que la machinerie d’argent qui le sous-tendait…

... Dans l’après-midi elle se mit en recherche de l’autre banque, celle où l’attendait la somme promise, et maintenant convoitée. Le plan de la ville était simple et elle trouva aisément. L’établissement était cette fois situé en contrebas, dans l’un de ces immeubles de verre qui lui paraissaient si inconvenants quelques heures plus tôt. Elle entra dans le hall et parcourut la liste des sociétés, affichée devant les ascenseurs. Elle y trouva rapidement ce qu’elle cherchait : Oberer bank. Banking facilities. Asset protection - 2nd floor. Malgré la fatigue, elle grimpa l’escalier quatre à quatre. A l’accueil elle expliqua, passeport en main, le motif de sa venue. L’employé consulta la pièce d’identité, puis l’écran de son ordinateur. Elle le vit hésiter un instant, puis froncer carrément les sourcils. Il finit par décrocher son téléphone et parlementa longuement, avec un supérieur semblait-il. Il s’exprimait en allemand et Béatrice ne comprenait pas, mais quelque chose visiblement n’allait pas. Au fil des secondes, elle perdit de sa belle assurance. Pour finir, le guichetier lui demanda de le suivre jusque dans un bureau où une femme l’attendait.
― Bonjour madame Moriani, dit la dame un peu gênée, vous veniez retirer des fonds ?
― Oui, c’est cela, confirma Béatrice qui voulait encore y croire.
― Je regrette, mais nous n’avons rien pour vous.
Elle était mal. Les salauds ! Les salauds, ils n’avaient pas fait ça ? L’employée, la voyant ainsi troublée, lui demanda si tout allait bien, puis expliqua la situation.
― Nous venons effectivement de recevoir un fax nous avisant d’un accréditif de soixante quinze mille dollars à votre ordre. Mais nous sommes vendredi et les fonds ne nous parviendront maintenant que lundi matin.
Béatrice balançait entre soulagement et contrariété.
― C’est que je dois repartir ce soir, lâcha t-elle en se pinçant les lèvres.
― Je comprends dit la femme très courtoisement. Je vais voir avec la direction ce qu’il est possible de faire. Mais je vous en prie, asseyez-vous.
Après quelques minutes la préposée revint.
― Je suis désolée, souffla t-elle. Nous ne pouvons pas décaisser les fonds avant de les avoir reçus.
Béatrice protesta. C’était impossible, elle devait absolument repartir le soir même.
La femme alors lui proposa d’ouvrir un compte.
― Dans ce cas je suis autorisée à vous avancer jusqu’à huit mille dollars. Elle avait dit cela d’un ton neutre et sans empressement, excluant toute intention de démarchage commercial. D’ailleurs, dès le lundi, Béatrice pourrait à distance, donner l’ordre de transférer la totalité restante, là où elle le souhaitait.
Elle était terriblement contrariée, mais cette femme paraissait si digne de confiance qu’elle se laissa aller.
― Et bien c’est d’accord, répondit-elle. Entendu ! Faisons cela.
Alors la mécanique bien huilée aussitôt se remit en marche.
― Puis-je avoir votre passeport s’il vous plait Madame.
Béatrice se prêta de bonne grâce aux formalités d’ouverture du compte. Au sourire complice et chaleureux que lui renvoyait maintenant la personne, elle comprit qu’elle était désormais une cliente, la partenaire d’un noble établissement dans lequel tout était possible, et où rien de ce qui pouvait lui rendre service ne lui serait désormais refusé. Elle prit congé, puis se dirigea vers la caisse pour retirer son argent. Au passage, elle prit machinalement sur un présentoir une petite brochure intitulée : Going offshore simple and easy with Oberer bank...






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Extrait : amour, à mort...

Posté le 22.12.2007 par menacesdamour


… La voiture pénètre bientôt dans l’ombre touffue du bois. Les premiers arbres passés, l’étudiant arrête la Mercedes sur le bas côté, il coupe les phares, le moteur. Il fait nuit noir, pas un bruit, personne. Les deux garçons descendent pisser à la lueur des lanternes de l’auto restées allumées. Sans les voir, elle les entend plaisanter en éructant. Les revoilà, ils reviennent, la chemise sortie, la braguette encore ouverte. Les deux portières s’ouvrent quasiment en même temps, le froid s’engouffre dans l’habitacle, et sous la lumière du plafonnier, elle distingue les traces embuées de leurs haleines encore chargées d’alcool.
Cardelle interpelle soudain son pote en hochant la tête : « Eh Manu ! Elle te dit pas ma copine ? » Béatrice n’a d’autre défense que de fermer les yeux…

… Avec Philippe justement Béatrice avait du mal à cerner son histoire. Qu’avait-elle partagé avec lui, que restait-il de leur union ? Charmant, attentionné, il y avait toujours eu chez lui comme une sorte d’incapacité à la moindre violence qui en faisait un homme gentil, mais sans passion. C’était pourtant cette tranquillité là qui l’avait attirée vers lui. Il n’était guère porté sur le sexe et elle lui en avait été reconnaissante. Ils avaient ainsi vécu ensemble, confortablement, une vie sans risque, sans excès de désir ni de déception, ce qui lui avait permis à elle de se lover dans sa coquille sans jamais avoir à lui fermer la porte de son intimité…

… Le soir venu, elles rentraient fourbues de leurs séances d’entraînement. Après la douche, elles contemplaient leurs corps enfin au repos, lisses et durs comme le marbre et il leur arrivait souvent de reprendre leurs joutes sur le sofa. Béatrice prenait en général le dessus. Bientôt assise sur sa partenaire allongée, elle l’immobilisait en disant : « Dis-moi que je te fais mal » Tandis qu’elle n’obtenait qu’un non saccadé et rieur, elle insistait, en serrant plus fort : « Dis-moi que je te fais mal, allez demande pardon. » Quand un début de larmes venait brouiller la vue de la fille inerte, quand un ultime râle réclamait sa clémence, à ce moment là seulement, avec jouissance elle lâchait prise…

… Fendue, rejetant en arrière sa magnifique crinière noire d’un coup de rein rageur, la fille se montra particulièrement ardente dans ses ultimes va-et-vient. Et quand la drôlesse, échevelée, fumante, simula l’anéantissement final, rendant l’âme dans un soupir tout à fait convaincant, l’assistance applaudit à tout rompre. Les billets tombèrent, Andro les ramassa et les tendit à l’artiste.
Totalement électrisée, Béatrice s’agitait sur sa chaise, encore sous le coup de l’atroce exercice auquel elle venait d’assister. Cela dépassait en intensité les intimes plaisirs auxquels elle s’adonnait sous l’effet de ce qu’elle appelait pudiquement ses vitamines. La chose prenait là une dimension d’elle insoupçonnée, collective et vengeresse. Car tandis que la petite singeait l’amour, elle avait vu le regard des hommes, vu comment ils étaient là, à ses pieds, bavant ! Et quelque chose de fort, jusqu’ici inconnu, l’avait traversée de la plante des pieds jusqu’à la racine des cheveux.
Elle admirait celle qui sans retenue avait fait face, mettant tous ces machos sous sa coupe. Ah, de quels perfides et formidables artifices elle avait su user ! Lumière et lucre, torture brutale et dosée, désirs inassouvis, convergence des concupiscences, stupide turpitude d’hommes terrassés là par un sexe en creux brandi comme une arme. Ce théâtre de la petite mort annoncée la laissait haletante…


Extrait : l'argent...

Posté le 05.12.2007 par menacesdamour


… Jusqu’à la mort récente de Philippe, son mari, Béatrice ne s’était jamais intéressée concrètement à l’argent et encore moins aux affaires d’argent...

… Béatrice se sentait maintenant presque basculer du côté de ceux qui brassent l’argent sans crainte. Elle aussi, là maintenant, goûtait un peu de cette euphorie que procure l’idée de posséder beaucoup plus qu’il ne faut, sans se sentir pour autant coupable, avec la conviction d’être seulement récompensé d’avoir osé ! Ainsi dans leur toute puissance, ceux que l’on interpellait comme des bâtisseurs d’en pire, des gagneurs gagés, des entrepreneurs trop prenants, peut-être n’avaient-ils pas tort au fonds d’agir ainsi, au mépris de ceux qui au contraire n’oseraient jamais ? C’est vrai çà ! Les autres, ces moralistes mous, craintifs crasseux, glaneurs de glauque, ces timorés à tempérament, toujours à craindre, toujours à geindre, à jalouser ceux qui avaient réussi ; que faisaient-ils ceux-là pour s’en sortir ? Hein ! Pourquoi les pauvres s’imaginaient-ils toujours devoir leur malheur aux riches. Les vrais riches eux étaient persuadés de ne devoir leur fortune qu’à eux-mêmes et c’est de cela, autant que de leur argent, qu’ils tiraient leur supériorité.
" Mais parfaitement ! Je viens de gagner soixante quinze mille dollars. Soixante quinze mille dollars mes amis. Et je vous emmerde ! " Voilà à cet instant précis ce qu’elle aurait voulu lancer à la face du monde. Provoc, bien sûr ! Mais quand même…

… L’heure avançant, il se collait littéralement contre elle sous prétexte de lui confier ses derniers états d’âme. Ayant vidé son verre, l’homme un peu éméché lui proposa carrément de monter dans sa chambre. Béatrice le découragea juste ce qu’il fallait, avant d’accepter. Ils montèrent.
La porte à peine refermée, celui qui se faisait appeler Alec s’approcha d’elle pour l’embrasser. Elle se laissa faire d’abord, puis le repoussa gentiment.
― Eh ! Doucement chéri, je préférais que tu me donnes mon petit cadeau maintenant : c’est deux milles dollars. Mais je prends aussi les francs suisses...

… Béatrice s’était mis en recherche d’un cabinet conseil en opérations offshore. Ces officines qui faisaient le même métier que Trevor étaient très nombreuses sur l’île et elle n’avait eu que l’embarras du choix.
Elle avait finalement retenu le cabinet Benson et leur avait expliqué ce qu’elle recherchait. Benson possédait sur toutes les places financières offshore des Off-the-shelf-companies, sociétés déjà constituées et prêtes à l’emploi, justement destinées aux clients pressés. Le système avait par conséquent été extrêmement rapide à mettre en place et l’ouverture des comptes en banques, quasi instantanée...

… A peine arrivés aux îles Cook, Béatrice ferait valser ses millions vers les Philippines, d’où ils s’envoleraient ensuite vers Jersey. Rebondissant d’une société écran vers une autre, une fois ils changeraient de place entre deux succursales de la même banque, une autre fois ils changeraient de banque en restant sur la même place. Telle était la manœuvre que lui avait montée le cabinet Benson moyennant quatre cent mille dollars d’honoraires…

Extrait : du beau, du moche dans le paysage...

Posté le 05.12.2007 par menacesdamour


… Béatrice pour l'heure, ne voulait s’intéresser qu’à la beauté de la mer, à ces eaux magnifiquement bleues, aux horizons parsemés d’îles rougeoyantes qui s’offraient à leurs yeux au soleil couchant. Elle comprenait cependant que Nevenka fut d’une toute autre humeur.
L’une souffrait du présent, tandis que l’autre tentait d’oublier son passé. Chacune d'elle conjuguait ainsi les choses selon l’état de leur propre histoire. Quand Béatrice faisait remarquer combien il faisait incroyablement doux, comment la vie avait l’air si paisible, Nevenka ne manquait jamais de rajouter : « N’est-ce pas ! Il est difficile d’imaginer que la guerre et la mort sévissent à quoi ? deux cents kilomètres d’ici, à peine. »

… Deux heures plus tard, ils franchirent un petit massif montagneux en haut duquel ils découvrirent sur l’autre versant l’ombre étalée d’une grande ville. Il ne donna aucune explication, elle ne fit aucun commentaire. Ils atteignirent ainsi des faubourgs aux aspects tristes et lépreux. Ca et là apparaissait la perspective de maisons torturées. Avec leurs volets de guingois, leurs façades brûlées ou tavelées de noir, elles témoignaient du malheur récent qui s’était sauvagement abattu sur les lieux. Elle évita cependant toute question.
Ils entrèrent bientôt dans la ville proprement dite. Des maisons, des immeubles présentaient là aussi les mêmes stigmates…


Extrait : arrivée tardive du commissaire Vallon...

Posté le 05.12.2007 par menacesdamour


… toujours aussi brillamment noté, il avait choisi à la sortie de l’école d’intégrer le pôle financier. Bien ! Mais tout de même, quelle drôle d’idée ! Pourquoi diable la police ? Combien de fois n’avait-il pas entendu cette question. Il répondait qu’il ne savait pas. Peut-être était-ce parce que dans ce métier on ne se faisait aucune illusion, ni sur soi, ni sur son avenir, ni sur celui des autres et que cela lui convenait finalement mieux qu’une quête constante de la réussite à tout crin. Enfin çà s’était fait comme ça. Il ne regrettait rien, même si son père lui avait longtemps dit : « j’te comprends pas Léonard. » Mais bon, lui non plus ne se comprenait pas toujours…


― Entrez Vallon !
Le parquet ancien se mit à craquer sous ses pas. Debout derrière son bureau le directeur central de la police judiciaire l’attendait…
― Asseyez-vous Vallon, ordonna Gorski d’une voix douce.
Le bureau ouvrait sur les quais de la Seine par quatre grandes fenêtres. C’est qu’au siège de la PJ on logeait à l’ancienne. Ici grimper n’était pas bon signe. Les huiles se tenaient au premier étage dans les bureaux les plus vastes, tandis qu’en haut au contraire, les sous-pentes abritaient les sans grades, ceux qui faisaient les sales boulots en attendant une éventuelle promotion ou en attendant rien, c’était selon…
― Comment allez-vous commissaire ?
― Bien, répondit bêtement Vallon qui avait parfaitement perçu la pointe de sarcasme qu’il y avait dans la question.
― Je ne reviens pas sur vos récents résultats, souffla le directeur, c’est un désastre…
… il ajouta d’un ton plus ferme.
― Fâcheux et terriblement agaçant. Que vais-je faire de vous maintenant ?
Vallon vit l’auguste menton se pointer lentement vers lui.
― Je ne sais pas Monsieur, répondit-il du mieux qu’il put…
Le haut fonctionnaire, visiblement satisfait de cette absence de réponse se détendit un peu.
― Il nous faut changer Vallon. Le citoyen est persuadé que l’insécurité menace et le ministre veut des résultats, rapides et tous azimuts. Voyez-vous, les vertus d’hier sont devenues des vices. La pondération, la prudence, la hantise de la bavure, tout ça c’est fini. Il va falloir désormais aller de l’avant, foncer.
Leonard faillit sourire, mais l’instant n’était pas à la rigolade...

… au café, les perspectives s’étaient assombries. Elle l’avait averti : elle ne voulait pas rester toute seule dans cette grande maison, il fallait la vendre, au plus vite. Le vent avait viré au froid, gelant du même coup les belles apparences d’entente cordiale. La complexe machinerie des désespoirs et des rancœurs mutuelles s’était de nouveau mise en marche, dressant entre eux un mur d’incompréhension, intact comme au lendemain de leur séparation. Les visages s’étaient alors tordus et au bord de la colère, des larmes étaient apparues. N’y tenant plus Léonard s’était levé et avait quitté la table. Son déjeuner avec Nadine avait été un fiasco…

… Les deux mains enfoncées dans les poches, Léonard Vallon traversa le Pont Neuf. Plongeant droit vers la rue Dauphine, il se demanda quel démon le poussait toujours à agir contre les choses quand il suffisait de se laisser porter par elles. Il admirait ceux qui comme Caplan, ou mieux encore comme Gorski, savaient prendre le vent et girouetter à bon escient. Mais lui non ! Son rapport sur les organisations criminelles yougoslaves en était la preuve, dès qu’il fallait manœuvrer, il n’était plus à la hauteur…
… Pour accrocher les médias l’attachée de presse réclamait des faits, un scoop, pas un rapport technique ennuyeux. Et Vallon de lui même en avait tiré la conclusion : quand seul l’accessoire importait il avait commis l’erreur de s’attacher à l’essentiel. Mauvaise pioche !

«… Rassurez-vous, tout se passera très bien. C’est en fait le commissaire Vallon qui va vous interroger. »
Un commissaire ! pensa Béatrice...

Extrait : quelques crimes par ci par là...

Posté le 05.12.2007 par menacesdamour


… Quand le chauffeur retourna le cadavre avec le pied, elle vit nettement le grand trou noirâtre qui lui déformait la face. Elle réalisa qu’Ivan l’avait abattu d’une balle en pleine tête et un haut le cœur soudain la prit. Gênée dans ses mouvements par le sac qui lui barrait le dos, elle se pencha contre un arbre et vomit un long jet de bile. Les yeux emplis de larmes, elle cracha autant qu’elle put tout le fiel qui lui avait envahi le nez et la bouche. Faute de mieux, elle allait s’essuyer d’un revers de main, quand elle vit Ivan qui lui tendait un mouchoir. Elle se redressa pour lui faire face et s’obligea à le regarder droit dans les yeux. Aucune haine, aucune violence ne transparaissaient dans son regard. Il se tenait là devant elle, comme le gros chien de garde pataud et attentif qu’il avait toujours été avec elle. Quelque chose cependant sur son visage carré et osseux, peut-être la façon dont il faisait saillir ses maxillaires, indiquait que l’animal pouvait être un redoutable tueur. Elle en avait maintenant la preuve. Bien qu’un long frisson lui parcouru l’échine, elle trouva le courage de prendre sans un mot la pochette blanche qu’il lui présentait gentiment…

… Le jeune homme avança d’un pas encore. Victor alors leva l’arme dans sa direction.
― Eh ! Reste tranquille.
― Je te préviens Victor, tu touches à un cheveu de Béatrice et t’as affaire à moi !
L’autre pointait toujours son arme, de plus en plus menaçant.
― Oh ! T’es qui toi pour me parler comme ça, hein ?
Fontana bondit sur lui et cria, furieux.
― Aller arrête, lâche ce pistolet. Lâche ce pistolet, bordel…
Une courte lutte, presque immobile s’engagea. Fontana retourna peu à peu la main armée qui le menaçait. Zémar tenta de se dégager d’une violente secousse.
Régis fut assourdit par le coup de feu qui lui claqua à quelques centimètres de l’oreille. Il sentit le corps de son copain s’affaisser mollement sur le plancher, dans une odeur de poudre qui le prit à la gorge. Le sang qui giclait du cou et du crâne à gros bouillon forma bientôt une marre épaisse au milieu de laquelle baignait l’arme tombée à terre. Il n’eut pas le courage de la ramasser, tant le sang rouge et visqueux lui faisait horreur. Il enjamba maladroitement le corps et ouvrit la porte. La lumière éteinte, il s’enfuit dans l’ombre…

… d’un seul coup, le mec a tourné de l’œil et n’a plus bougé. Victor s’est penché sur lui et m’a dit : « Il est mort, vite faut se tirer » Il a ramassé le pistolet et le couteau et on est parti…



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